Le Groenland, prochaine cible américaine ?

La géopolitique n’a pas tardé à faire parler d’elle. Après le Venezuela, l’administration américaine s’intéresse de près au Groenland, territoire rattaché au Danemark, et à ses réserves abondantes de minerais stratégiques (uranium, cuivre, zinc etc.). Est-ce que cela va accentuer l’aversion au risque sur les devises ? Pas certain. Pour l’instant, le marché est en roue libre.

La géopolitique fait des siennes très tôt cette année. Après le Venezuela, l’administration Trump s’intéresse de près au Groenland – territoire qui appartient au Danemark. Avec la fonte des glaces, il devient un passage maritime stratégique pour le commerce international. Surtout, le Groenland possède d’importantes réserves de terres rares et autres minéraux critiques dont les États-Unis ont absolument besoin pour maintenir leur hégémonie économique et leur avance dans l’intelligence artificielle. Prenons le site de Kvanefjeld, au sud du territoire. Il possède les 6ème réserves mondiales d’uranium. Évidemment, c’est essentiel pour fournir de l’énergie à bas coût. Du zinc, du cuivre mais également de nombreuses terres rares ainsi que du pétrole offshore sont présents. Washington brandit la possibilité d’une intervention militaire. C’est peu probable. Nous tablons plutôt sur une forme d’accord d’association similaire à celui qui existe avec Porto Rico. Dans ce cadre-là, le Groenland aurait sa propre Constitution et une large autonomie de gestion tandis que les affaires étrangères et la défense relèveraient de Washington. Comment réagirait l’Europe ? Des condamnations sur X (ex-Twitter) par les principaux responsables politiques européens sont probables…Il y a peu de chances que cela aille plus loin.

Comment pourrait réagir le marché des changes ? Difficile à dire. L’intervention militaire au Venezuela n’a pas particulièrement entraîné de regain d’aversion au risque – le dollar et le franc suisse n’en ont pas bénéficié. C’est même le contraire qui s’est produit puisque les actifs à risque – typiquement les actions – ont été en hausse dans la foulée de la capture de Nicolas Maduro. On ne peut pas exclure que le marché des devises reste plutôt inerte en cas de rattachement du Groenland aux États-Unis.

Sur le plan économique, ce début d’année est surtout marqué par la publication de statistiques positives qui confortent notre scénario de croissance mondiale soutenue. L’inflation en zone euro reste contenue. En Allemagne, elle a atteint 2,0% sur un an en décembre – ce qui correspond à la cible de la Banque Centrale Européenne (BCE). En France, elle est restée stable sur la même période à 0,7%. Seul bémol au niveau des pays développés, l’indice ISM manufacturier américain en décembre est à un point bas de 14 mois à 47,9 (en phase de contraction). Ce n’est pas particulièrement inquiétant pour la dynamique globale de l’économie américaine puisque le secteur des services est encore en phase d’expansion.

Côté chinois, le gouvernement a confirmé il y a quelques jours sa cible de PIB à 5% cette année, grâce à un soutien accentué aux industries émergentes, à l’intelligence artificielle et à toutes ses applications possibles, en particulier dans la robotique. Le soutien à la consommation est également toujours à l’ordre du jour (comme annoncé lors de l’Economic Work Conference de décembre). En revanche, les autorités ont conscience que cela prendra du temps à se matérialiser. Autre point à prendre en compte, Pékin a confirmé avoir entamé des négociations avec l’Union Européenne pour la signature d’un accord de libre-échange. Les contours ne sont pas connus. Dans tous les cas, cela devrait prendre plusieurs années. Risque ou opportunité pour les entreprises européennes ? C’est trop tôt pour le dire.

Le point technique

Sur le marché des changes, le retour de la géopolitique au premier plan ne s’est pas traduit par un regain de volatilité. Prenons l’EURUSD. La paire a évolué dans un range étroit d’environ 100 pips sur la semaine écoulée. C’est le cas pour toutes les paires majeures. Il arrive souvent qu’en début d’année le marché manque de direction et soit stagnant, en attendant d’en savoir plus sur la dynamique économique à l’œuvre. Nous nous attendons, à l’instar du consensus, à une poursuite de la baisse du dollar. En revanche, celle-ci devrait être plus limitée qu’en 2025. La dégringolade du Dollar Index l’an passé était sans précédent depuis 1973. C’est une anomalie de marché qui n’a pas vocation à se reproduire, selon nous. Le dollar faible devrait continuer de profiter à l’euro, avec probablement une paire EUR/USD qui pourrait atteindre 1,20 voire 1,25 dans les deux prochains trimestres, avant probablement de corriger un peu. Ce sera aussi bénéfique pour la plupart des monnaies émergentes, comme ce fut le cas en 2025.

Contrairement à beaucoup d’analystes qui anticipent un renforcement du yen japonais, nous ne pensons pas que cela va se produire. Leur idée était simple : une fois que la Banque du Japon aura augmenté ses taux, le yen va en profiter. Elle a bien augmenté le loyer de l’argent en décembre. Pour autant, le yen est toujours à la traîne. Tant que les fonds spéculatifs sont positionnés à la vente sur la devise nippone, nous n’envisageons pas de changement de tendance pour l’EUR/JPY qui pourrait atteindre de nouveaux plus hauts prochainement.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SupportshebdoRésistanceshebdo
S2S1R1R2
EUR/USD1,15481,15801,17101,1809
EUR/GBP 0,85440,85900,87000,8758
EUR/CHF 0,91800,92550,93880,9410
EUR/CAD 1,58491,59901,62001,6222
EUR/JPY 181,60181,88184,03185,02

Les annonces à suivre

L’inflation américaine en décembre est en ligne de mire. Peu probable que cela provoque beaucoup d’intérêt. Le marché table sur deux baisses de taux de 50 points de base au premier semestre – ce qui est cohérent avec notre scénario. L’inflation légèrement supérieure à la cible résulte, en grande partie, de l’excès de crédit (masse monétaire M2 à un record historique) et d’une demande soutenue. Ce n’est donc pas problématique.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JourHeurePaysIndicateurÀ quoi s'attendre ?
Le 13/01/202614:30USAIndice des prix à la consommation (Décembre)Précédent à 2,7% sur un an.
Le 14/01/202614:30USAIndice des prix à la production (Novembre)Précédent à 0,3% sur un mois.
Le 15/01/202614:45USAPMI manufacturier (Janvier)Première estimation. Précédent à 52,2 (en phase d’expansion).

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