Une bonne nouvelle en trompe l’oeil

Le « debasement trade », qui consiste pour des investisseurs institutionnels à réduire leur exposition aux actifs en dollar, est toujours d’actualité en ce début d’année. Le conflit entre Jerome Powell et Donald Trump, qui s’est récemment intensifié, n’aide pas. Nous nous attendons à ce que le Dollar Index finisse en repli de 4-5% en 2026.

C’est presque passé inaperçu. Pourtant, c’est d’une importance cruciale. La Chine est enfin sortie de la déflation. L’inflation a atteint un point haut depuis 3 ans, à 0,8% sur un an en décembre. C’est une très bonne nouvelle pour nous car cela signifie qu’elle ne va plus exporter sa déflation vers l’Europe – contribuant au passage à mettre en danger nos entreprises.

Attention, quand on regarde dans le détail, la Chine n’est toutefois pas encore sortie d’affaires.

Le retour de l’inflation est essentiellement lié à une hausse des prix alimentaires qui peut tourner court du jour au lendemain. Surtout, les prix à la production sont toujours en négatif, à -1,9% sur un an. Cela reflète des surcapacités dans l’industrie qui ont contribué à faire fondre les marges nettes, y compris dans des secteurs innovants comme les semi-conducteurs. Historiquement, les fluctuations de l’indice des prix à la production, à la hausse comme à la baisse, se sont invariablement traduites par une expansion ou une contraction des marges des entreprises. La situation actuelle ne fait pas exception. Les marges bénéficiaires, qui ont atteint un point haut à 6,5% en 2021, sont désormais au point bas de 2015.

Tous les secteurs n’ont pas souffert de la même manière de la déflation qui été concomitante avec une faiblesse de la demande intérieure. Les services aux consommateurs (notamment les plateformes technologiques comme Alibaba) ont vu leurs marges s’améliorer après le durcissement de la réglementation de 2021-22, et affichent désormais des bénéfices records. Le secteur des infrastructures se porte également bien dans l’ensemble. Mais les profits dans les secteurs des matériaux et de l’énergie continuent de baisser, et les secteurs prioritaires de la politique industrielle — les biens d’équipement et le matériel technologique — ont vu leur rentabilité chuter fortement en 2024 et en 2025. C’est inquiétant.

Si la situation ne s’améliore pas, le risque est de voir l’économie chinoise replonger dans la déflation dans le courant de l’année. Ce serait alors une mauvaise nouvelle pour l’Europe alors qu’elle fait déjà face aux coups de pression incessants des Américains et que sa croissance reste dans l’ensemble atone (à l’exception de l’Allemagne qui, grâce à son plan de relance de février 2025, pourrait connaître une croissance du PIB de 1,5% cette année).

Du côté américain, ce ne sont pas les statistiques – peu nombreuses la semaine dernière – qui ont suscité de l’intérêt. Ce fut le combat entre Donald Trump et Jerome Powell qui a repris de plus belle et qui fait craindre aux investisseurs une remise en cause de l’indépendance de la Réserve Fédérale américaine (Fed). Nous doutons que ce risque soit crédible. Par le passé, quasiment tous les présidents de la Fed ont été confrontés à un exécutif trop intrusif. L’inimitié entre Trump et Powell est de notoriété publique. Mais il y a eu déjà pire. En 1965, le président Lyndon Johnson (démocrate) avait convoqué le président de la Fed, William McChesney Martin, dans son ranch au Texas. La discussion aurait été animée, à tel point que Johnson aurait poussé contre un mur Martin, éructant : « Martin, mes garçons meurent au Vietnam, et tu ne vas pas imprimer l’argent dont j’ai besoin. »*

Le débat sur l’indépendance de la Fed peut créer de la volatilité, voire être un facteur de baisse du dollar à court terme. En revanche, nous doutons que cela exerce un effet réel sur la trajectoire des taux. Nous maintenons notre prévision de deux baisses de taux pour un total de 50 points de base au premier trimestre. Cela devrait être suffisant, avec les mesures budgétaires qui sont prévues avant les élections de mi-mandat, pour provoquer une accélération de la croissance américaine au deuxième semestre.

* À l’époque, les faits avait été rapportés par le New York Times

Le point technique

Sur le marché des changes, le dollar américain est toujours pénalisé par le « debasement trade ». Les investisseurs, en particulier les institutionnels, réduisent leur exposition aux actifs en USD en raison de l’envolée de la dette publique américaine, des craintes – probablement infondées – sur l’inflation, et du risque politique lié aux interventions de Trump. Cela profite à l’euro qui reste dans un canal haussier de long terme avec une première cible à 1,20. Cela avantage également beaucoup l’or qui retrouve, dans ce contexte, son statut de valeur refuge.

De son côté, le yuan chinois a atteint la semaine dernière un point haut depuis mai 2023 face au dollar américain. La devise s’est également un peu appréciée face à l’euro. C’est une bonne nouvelle, même si beaucoup de chemin reste encore à parcourir pour parvenir à un taux de change plus représentatif des fondamentaux économiques chinois. En omettant l’effet de l’inflation, le yuan se situe à son plus bas niveau depuis 15 ans face au panier de devises de ses principaux partenaires commerciaux. C’est, évidemment, un sujet de friction avec les Américains.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SupportshebdoRésistanceshebdo
S2S1R1R2
EUR/USD1,15201,15451,17291,1817
EUR/GBP 0,85400,85770,87000,8750
EUR/CHF 0,91890,92800,93800,9420
EUR/CAD 1,58431,59981,62101,6242
EUR/JPY 182,60183,80186,55186,80

Les annonces à suivre

La géopolitique peut à tout moment revenir sur le devant de la scène. En attendant, les cambistes suivront de près cette semaine la réunion de la Banque du Canada (BoC). Sauf surprise, elle devrait maintenir ses taux inchangés à 2,25%. Attention, le cycle d’assouplissement n’est pas terminé. Il est rare que les banques centrales bougent leur taux en début d’année. Pourquoi ? Elles attendent tout simplement d’avoir plus de statistiques sur l’orientation de l’économie pour l’année qui commence avant de trancher. Une nouvelle baisse de 25 points de base est crédible en mars.

Enfin, plusieurs statistiques secondaires sont attendues comme la première estimation des PMI des deux côtés de l’Atlantique et l’inflation britannique en décembre (2ème estimation). Aucun impact sur les devises à attendre.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JourHeurePaysIndicateurÀ quoi s'attendre ?
Le 19/01/202615:45CanadaRéunion de la banque centraleLe taux directeur devrait être maintenu à 2,25%.
Le 21/01/202608:00Royaume-UniIndice des prix à la consommation (Décembre)Précédent à 3,2% sur un an.
Le 22/01/202614:30USAPIB trimestriel (T3)Précédent à 3,8%.
Le 23/01/202609:30AllemagnePremière estimation de l’indice PMI manufacturier (Janvier)En phase de contraction.

Les informations présentées sur cette publication, vous sont communiquées à titre purement informatif et ne constituent ni un conseil d’investissement, ni une offre de vente, ni une sollicitation d’achat, et ne doivent en aucun cas servir de base ou être pris en compte comme une incitation à s’engager dans un quelconque investissement.