Pour comprendre ce qui se passe sur le marché des changes, il faut toujours regarder l’évolution des flux de capitaux. C’est déterminant. Le message actuel est limpide : les grands investisseurs internationaux fuient le dollar américain et se replient sur l’euro et les monnaies émergentes. Durable ou pas ?
Il s’agissait principalement d’une intuition. C’est désormais étayé par des chiffres. Le « debasement trade » s’amplifie. Les investisseurs, surtout les institutionnels, cherchent à réduire leur exposition aux actifs libellés en dollar. Ce n’est pas une fuite massive. Mais elle est significative. Par exemple, la part du billet vert dans les réserves de devises étrangères des banques centrales est désormais à un point bas depuis le début des années 2000. En parallèle, les grands gestionnaires d’actifs mondiaux vendent des actions en dollars pour acheter des métaux précieux (surtout de l’or) et se replient sur les actions des pays émergents qui sont moins chères et paraissent moins risquées. L’Amérique latine est la zone privilégiée en ce début d’année. C’est pour cela qu’on assiste à une explosion des flux entrants sur le marché boursier brésilien, ce qui conduit à un renforcement du real. Depuis le début d’année, la monnaie brésilienne a gagné 3,7% face au dollar. Ce n’est pas négligeable. Comme ce fut le cas l’an dernier, l’euro en profite également. C’est pour cela que tous les analystes s’attendent à ce que l’EUR/USD rallie les 1,19-1,20 dans les mois à venir.
Sommes-nous à l’aube de changements majeurs dans le système monétaire international ? Probablement. Des tendances longues – comme le dédollarisation entamée par les pays émergents après la crise financière de 2007-08 – sont amplifiées par des décisions de court terme prises par les marchés financiers. Faut-il s’attendre à ce que le « debasement trade » continue ? C’est ce que nous pensons. Les marchés financiers doutent de plus en plus de la capacité des Américains à réduire le déficit, et de leur volonté à le faire. En outre, le prochain président de la Réserve Fédérale (Fed), peu importe son nom, sera sous pression de la Maison Blanche pour baisser drastiquement les taux directeurs. Cela ne devrait pas remettre en cause l’indépendance de la politique monétaire américaine, selon nous. En revanche, cela risque d’attiser les inquiétudes à propos de l’équilibre des pouvoirs outre-Atlantique.
Il est probable que le « debasement trade » et les flux qui en résultent (sortie des marchés financiers américains et repli sur l’Europe et les pays émergents) soient le principal marqueur du marché des changes cette année – avec des effets directs sur les monnaies bien plus importants que la géopolitique ou les décisions des banques centrales. Dans ces conditions, nous nous attendons à ce que le Dollar Index (qui mesure l’évolution du billet vert face aux monnaies des principaux partenaires commerciaux des États-Unis) continue de chuter cette année, probablement de l’ordre de -4/-5%. Pour l’instant, il reste dans un grand range compris entre 97 et 100. Mais tout indique qu’une nouvelle baisse n’est qu’une question de temps.
Contrairement à ce qui est parfois évoqué, nous doutons que le yuan chinois puisse profiter du « debasement trade ». Lorsque nous observons les flux de capitaux en Chine, ils sont essentiellement liés à des investisseurs domestiques (notamment les ménages qui comptent beaucoup sur ce marché). Les institutionnels étrangers ne reviennent pas. La Chine est, certainement à juste titre, toujours perçue comme à risque élevé. Les dernières statistiques chinoises sont mauvaises. Elles montrent que la demande de crédit – qui est un bon proxy pour estimer la demande intérieure – est proche de zéro. En outre, la purge qui a eu lieu récemment au sein de l’armée n’est pas pour rassurer. Cela renvoie le message d’un pouvoir central contesté qui essaie de reprendre la main.
Notre avis : les inquiétudes actuelles concernant le dollar vont favoriser à court terme l’émergence d’un système monétaire international éclaté qui devrait en particulier permettre à la monnaie unique et aux devises des grands pays émergents de tirer leur épingle du jeu. Le franc suisse, qui a joué en janvier son rôle traditionnel de valeur refuge, devrait également bien s’en sortir, surtout si la géopolitique vient encore jouer les trouble-fêtes. C’est probable. Le psychodrame lié au Groenland n’est pas terminé.
Le point technique
Sans surprise, conséquence directe du « debasement trade », l’EUR/USD a atteint un nouveau point haut la semaine passée à 1,20 avant que des prises de bénéfices n’aient lieu. Le consensus de marché anticipe désormais que l’EUR/USD atteigne 1,2250 voire un pic à 1,25 avant de refluer. Si c’est le cas, les fluctuations de la paire seraient assez similaires à celles du premier mandat de Trump. Il s’agit d’une coïncide. Mais c’est assez rare pour la noter. Autre fait important, les autorités à Washington voient d’un plutôt bon œil la baisse du dollar qui reste toujours survalorisé face à l’euro. Plusieurs études de la Fed ont mis en avant que la force du billet vert s’est systématiquement traduite par une baisse des exportations. Nul besoin d’être grand clerc pour savoir que la dépréciation du dollar n’en est qu’à ses débuts.
Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.
| Supports | hebdo | Résistances | hebdo | |
|---|---|---|---|---|
| S2 | S1 | R1 | R2 | |
| EUR/USD | 1,1833 | 1,1890 | 1,2090 | 1,2134 |
| EUR/GBP | 0,8544 | 0,8572 | 0,8723 | 0,8800 |
| EUR/CHF | 0,9090 | 0,9100 | 0,9300 | 0,9322 |
| EUR/CAD | 1,5988 | 1,6100 | 1,6292 | 1,6380 |
| EUR/JPY | 180,90 | 181,22 | 184,90 | 185,02 |
Les annonces à suivre
Il faut s’attendre à ce que la Fed soit sous pression de la Maison Blanche cette semaine après avoir maintenu – comme attendu – son taux directeur inchangé. Les chiffres de l’emploi américain en janvier seront déterminants pour savoir si une baisse des taux est envisageable en mars. C’est notre avis.
Enfin, aucun changement de politique monétaire n’est attendu du côté de la Banque Centrale Européenne (BCE). Le taux terminal se situe à 2%, selon nous. Même chose pour la Banque d’Angleterre (BoE) qui devrait opter pour le maintien des taux inchangés à 3,75% cette semaine. C’est déjà intégré par le marché et la livre sterling.
Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.
| Jour | Heure | Pays | Indicateur | À quoi s'attendre ? |
|---|---|---|---|---|
| Le 05/02/2026 | 13:00 | Royaume-Uni | Réunion de la banque centrale | Taux directeur maintenu à 3,75%. |
| Le 05/02/2026 | 14:15 | Zone euro | Réunion de la banque centrale | Maintien du taux de facilité de dépôt à 2%. |
| Le 06/02/2026 | 07:30 | USA | Emploi américain (Janvier) | Précédent à 50% et taux de chômage à 4,4% de la population active. |
| Le 08/02/2026 | X | Japon | Élections législatives anticipées | Selon les derniers sondages, le gouvernement devrait obtenir la majorité absolue. |
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