Les Américains gagnent toujours à la fin

Sur le marché des changes, il faut toujours se méfier des rumeurs. Contrairement à ce qu’on a pu entendre ici et là ces dernières semaines, la Banque du Japon n’envisage pas de venir au secours du yen. Pourquoi ? Ce serait certainement un échec, comme ce fut le cas par le passé. En revanche, attention, si le franc suisse continue de se renforcer face à l’euro et au dollar américain, la Banque Nationale Suisse pourrait intervenir.

Tous les ans, c’est la même chose. Lorsque les prévisions pour l’année à venir sont publiées, le consensus des économistes est très pessimiste pour l’économie américaine et optimiste pour l’Europe. Puis, en janvier, une inversion totale de tendance se produit. C’est ce qui s’est passé ces dernières semaines. Le consensus table désormais sur une croissance américaine en 2026 proche de 2,5% tandis qu’elle devrait péniblement atteindre 1,2% en zone euro. La bonne nouvelle, c’est que dans les deux cas, c’est proche de la croissance potentielle (c’est considéré par les économistes comme le niveau de croissance idéale en cas de pleine utilisation des capacités de production). Problème pour la zone euro, cette dernière est très faible, notamment pénalisée par une productivité qui ne décolle pas. Sur la période 2019 à 2024, les gains de productivité cumulés aux États-Unis ont atteint 9,4% tandis qu’en zone euro ils furent seulement autour de 2%. Ce grand écart est en grande partie dû aux investissements américains massifs dans le super-cycle d’innovation de l’intelligence artificielle alors que les Européens sont un peu à la traîne sur le sujet.

Si on creuse un peu plus, d’importantes disparités au sein de l’Union monétaire existent également. L’Espagne est le pays qui s’en sort le mieux ces dernières années, avec une croissance de 2,8% en 2025, selon les chiffres communiqués la semaine dernière. Les raisons du miracle espagnol ? Beaucoup de dépenses publiques et l’aide de la relance européenne post-Covid mais aussi un boom impressionnant du secteur des services. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cela ne concerne pas que le tourisme. L’assurance, les services aux entreprises ou encore le consulting ont explosé en 2025. C’est une croissance solide et diversifiée.

À l’Est, hors de la zone euro, c’est encore plus impressionnant. Il y a quarante ans, les Polonais avaient énoncé ce vœu : « la Pologne sera le nouveau Japon ». C’est chose faite. Ils sont désormais plus riches que les Japonais, leur industrie pèse à elle seule 25% de l’économie et leur croissance a atteint 3,6% l’an dernier. Au départ, les fonds européens ont aidé mais c’est surtout leur bonne allocation qui a compté. D’autres pays d’Europe centrale et orientale en ont bénéficié grandement mais, à cause de la corruption, les effets économiques ont été plus modestes. En outre, leur devise, le zloty, est particulièrement stable face à l’euro et a résisté à toutes les crises des vingt dernières années. D’où leur réticence à intégrer l’Union monétaire alors qu’ils respectent pourtant les critères d’adhésion.

Quid de la France dans tout ça ? Elle résiste plutôt bien au regard de l’instabilité fiscale et politique qui déferle sur le pays depuis la dissolution qui a suivi les Européennes. Sa croissance ne chute pas. Mais elle reste à un niveau faible. En 2024, elle avait atteint 1,1% puis 0,9% l’an dernier. Selon toute vraisemblance, elle devrait être autour de 1% cette année. C’est un niveau insuffisant pour créer une dynamique vertueuse sur le marché du travail ou mieux répartir la richesse. En revanche, pas de récession en vue. C’est plutôt une bonne nouvelle. Point d’attention, si l’euro continue de s’apprécier face au dollar, et atteigne la zone située vers 1,25 (scénario crédible), cela risque d’être un coup dur porté aux exportateurs.

Le point technique

Sur le marché des changes, l’EUR/USD a souffert de prises de bénéfice – ce qui était attendu. Le dollar s’est également un peu renforcé profitant de la panique actuelle sur les actions technologiques américaines. Les investisseurs estiment que le secteur des logiciels pourrait être disrupté par l’intelligence artificielle, d’où une forte baisse des actions du secteur. Cela a favorisé le dollar en tant que valeur refuge. C’est certainement temporaire. Le marché des actions a pour habitude de connaître des phases d’anxiété. Nous restons convaincus que la tendance est toujours positive sur l’EUR/USD. C’est également confirmé par l’analyse technique.

Beaucoup de rumeurs sur une possible intervention des autorités japonaises sur le yen, qui se situe à un point bas de 35 ans face au dollar américain et à l’euro. Nous avons des soupçons que la Banque du Japon (BoJ) soit intervenue sur la paire USD/JPY lors de la séance du 23 janvier. Mais l’effet a été de très courte durée. Pour que le yen se redresse durablement, il faudrait que la BoJ travaille de concert avec d’autres banques centrales afin de mettre en place une action coordonnée. Disons-le clairement, ce n’est pas à l’ordre du jour. Nous nous attendons à ce que la paire EUR/JPY continue sur sa lancée. Depuis le 1er janvier, elle est en hausse de 0,59%. Sur les six derniers mois, la progression est de 8,80%.

Enfin, attention au franc suisse. S’il continue de se renforcer, une intervention de la part de la Banque Nationale Suisse (BNS) est probable. En général, ses interventions sont assez efficaces.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SupportshebdoRésistanceshebdo
S2S1R1R2
EUR/USD1,16341,17001,19091,2100
EUR/GBP 0,85500,85900,87900,8812
EUR/CHF 0,90500,91010,93000,9312
EUR/CAD 1,59001,60901,62901,6312
EUR/JPY 183,88184,22186,90187,00

Les annonces à suivre

Au niveau des statistiques, la semaine est calme. Les prix à la consommation aux États-Unis constituent le point d’attention majeur. Sauf surprise, ils devraient ressortir proches de leur niveau de décembre à 2,7% sur un an. L’inflation américaine est plus élevée que dans d’autres économies développées. Ce n’est pas particulièrement un problème car c’est en partie la conséquence d’une demande plus soutenue qu’ailleurs. De notre point de vue, cela ne devrait pas empêcher la Réserve Fédérale (Fed) de baisser à deux reprises les taux directeurs ce semestre pour un total de 50 points de base. C’est déjà en partie intégré par le marché.

Enfin, le Royaume-Uni va publier jeudi sa première estimation du PIB pour le T4 2025. Pas d’impact important à attendre sur le marché des changes. Nous nous attendons à ce que la politique britannique continue de peser sur la livre sterling dans les semaines à venir. Le 26 février, une élection partielle importante pour le Parti travailliste au pouvoir va avoir lieu. Selon les sondages, il pourrait perdre le siège qui est en jeu au profit du parti populiste Reform UK, ce qui risque d’accentuer la pression sur le Premier ministre Keir Starmer. Des élections législatives anticipées ne sont pas à exclure après les municipales du printemps.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JourHeurePaysIndicateurÀ quoi s'attendre ?
Le 11/02/202614:30Royaume-UniPrix à la consommation (Janvier)Précédent à 2,7% sur un an.
Le 12/02/202608:00Zone euroPremière estimation du PIB au T4Précédent à 1,4% sur un an.
Le 12/02/202614:30USAInscriptions hebdomadaires au chômageC’est une statistique mineure. Mais elle permet de donner en temps réel l’état du marché de l’emploi américain.

Les informations présentées sur cette publication, vous sont communiquées à titre purement informatif et ne constituent ni un conseil d’investissement, ni une offre de vente, ni une sollicitation d’achat, et ne doivent en aucun cas servir de base ou être pris en compte comme une incitation à s’engager dans un quelconque investissement.