Haro sur le dollar

La volatilité reste contenue sur le marché des changes. Attention toutefois à la fuite des actifs en USD qui fait courir un risque de déstabilisation du système monétaire international. Les investisseurs institutionnels n’ont jamais été aussi négatifs sur le billet vert depuis 14 ans.

Pour l’instant, la volatilité est réduite sur le marché des changes et les tendances sur les principales paires devraient rester inchangées tant que les taux courts réels (en prenant en compte l’inflation) sur le marché obligataire sont contenus.

En revanche, le positionnement extrême des investisseurs institutionnels à l’égard du dollar américain inquiète et peut déstabiliser le système monétaire international. D’après la dernière enquête mensuelle de Bank of America auprès des gestionnaires d’actifs mondiaux, ces derniers n’ont jamais autant vendu le dollar depuis 14 ans. Ils cherchent à tout prix à réduire leur exposition à la monnaie américaine. En cause, des inquiétudes concernant l’indépendance de la Réserve Fédérale (Fed) après le départ de Jerome Powell au printemps, une éventuelle bulle technologique américaine et aussi, de manière plus surprenante, la détérioration du marché du travail aux États-Unis, en particulier pour les nouveaux entrants. Cette dégradation inattendue est certainement liée au cycle électoral et non pas à l’intelligence artificielle, selon nous.

Jusqu’à présent, la fuite des actifs en dollar a surtout profité à l’euro et aux monnaies émergentes qui affichent une résilience impressionnante depuis le début d’année. Certains considèrent que le dollar est survendu et qu’il ne peut que rebondir. C’est d’habitude ce qui se passe. Mais ce n’est en rien certain. Les marchés sont rarement rationnels et tant que les préoccupations concernant la conjoncture et la bourse américaines perdurent, les ventes de dollars pourraient continuer.

N’oublions pas aussi la géopolitique qui pourrait revenir sur le devant de la scène. Le dossier groenlandais est loin d’être clos. Il pourrait de nouveau ressurgir en avril ou en mai, une fois que la période hivernale, peu propice à une intervention militaire sur place, sera terminée.

Clairement, la baisse du dollar est encore le thème central cette année sur le marché des devises, comme ce fut déjà le cas en 2025.

Au niveau macroéconomique, les derniers chiffres ne sont pas rassurants pour la Chine, en particulier au niveau de la consommation qui reste pénalisée par l’effondrement du marché immobilier. Selon les statistiques officielles, 70% de la richesse des ménages chinois est liée à l’immobilier (contre moins de 30% dans les pays développés). Depuis 2021, les prix ne cessent de chuter. Dans les principales villes du pays, la baisse est d’au moins 20%.

Dans certains quartiers de Shenzhen (l’une des grandes villes du pays), des appartements qui se vendaient 110 000 yuans le mètre carré s’échangent désormais à 50 000 yuans. Des dizaines de millions de familles voient ainsi leurs économies fondre comme neige au soleil, tout en continuant de rembourser des prêts immobiliers sur des biens qui ne valent plus qu’une fraction de leur dette. À Zhengzhou, capitale de la province du Henan, 500 000 ménages sont déjà en défaut de paiement. Les banques ont renoncé aux saisies, car moins de 20 % des logements saisis trouvent preneur.

La situation du marché de l’immobilier chinois est bien pire qu’on ne le pensait. C’est le principal frein pour une reprise de la croissance en Chine. C’est également un élément de fragilité pour l’économie mondiale.

Le point technique

Sur le marché des changes, le « debasement trade » reste la norme. Les investisseurs institutionnels continuent de vendre leurs actifs en dollar pour acheter des actifs libellés en d’autres monnaies. En 2025, cela avait beaucoup profité à l’euro. C’est un peu moins le cas en ce début d’année. Les flux vont surtout vers l’Asie, à la fois l’Asie développée et l’Asie émergente. C’est certainement un mouvement de longue durée.

En Europe, la pression subsiste sur la livre sterling. La confirmation de la dégradation du marché du travail britannique ouvre la porte à une baisse des taux de 25 points de base par la Banque d’Angleterre en mars. Cette dégradation est attribuée officiellement à la hausse du salaire minimum. Le différentiel de dynamique de taux devrait favoriser une tendance haussière pour l’EUR/GBP à moyen terme.

Enfin, petit repli de l’EUR/JPY (-0,67% sur un mois). Nous ne pensons pas que cela indique un changement de direction durable pour la paire. Il s’agit certainement de prises de bénéfices. La tendance est selon nous toujours haussière.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SupportshebdoRésistanceshebdo
S2S1R1R2
EUR/USD1,16801,17001,19451,2000
EUR/GBP 0,85400,85990,87880,8800
EUR/CHF 0,90500,90900,92440,9300
EUR/CAD 1,58401,59111,61901,6245
EUR/JPY 180,45181,00184,04185,00

Les annonces à suivre

Ce début de semaine devrait être plutôt calme. En Asie, les échanges étaient faibles à cause du dernier jour des festivités du Nouvel An chinois.

En Europe, l’indice IFO du climat des affaires devrait s’améliorer un peu en Allemagne en février. Le plan de relance massif présenté par Berlin il y a un an commence à porter ses fruits. Une première partie des 1000 milliards d’euros mis sur la table a été déboursée en fin d’année 2025. Nous nous attendons à ce que l’Allemagne sorte enfin de la stagnation économique cette année avec une croissance à 1,5% (contre 1,2% pour la zone euro et probablement 1% pour la France).

À surveiller : l’indice de confiance du consommateur américain en février publié par le Conference Board. Depuis quelques mois, la confiance des ménages est en chute libre. C’est certainement lié au ralentissement du marché du travail. Pour l’instant, cela ne remet pas en cause la bonne dynamique macroéconomique américaine, qui est portée par les investissements massifs dans l’intelligence artificielle. Mais c’est un point de fragilité à ne pas négliger dans les mois à venir et qui pourrait inciter la Fed à abaisser davantage ses taux directeurs que prévu.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JourHeurePaysIndicateurÀ quoi s'attendre ?
Le 23/02/202610:00AllemagneIndice IFO du climat des affaires (Février)Précédent à 87,6.
Le 24/02/202616:00USAConfiance du consommateur américain (Février)Précédent à 84,5.
Le 27/02/202608:45FrancePremière estimation de l’inflation (Février)Précédent à -0,3% en variation mensuelle.

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