La panique boursière autour de l’IA continue d’avoir des retombées sur le marché des changes. Pour se couvrir, les investisseurs privilégient le CHF et le JPY et, dans une moindre mesure, le dollar via les bons du Trésor américain à court maturité. L’euro ne fait pas partie des gagnants.
Le dollar américain a été aidé à la marge par la panique boursière qui perdure depuis plusieurs semaines. En bref, les investisseurs craignent que l’essor de l’intelligence artificielle (IA) ne pénalise certains secteurs, en particulier les logiciels et la cybersécurité. Certaines entreprises, comme Adobe ou SalesForce, ont vu leur cours de bourse s’effondrer de plus de 50% par rapport à leur pic. C’est clairement un krach qui se propage à tout le compartiment technologique (Microsoft n’est pas épargné, par exemple). Cette panique est en grande partie irrationnelle. Néanmoins, elle est présente et favorise un repli sur les valeurs refuges. En se basant sur le rapport hebdomadaire Commitment of Traders du régulateur américain, les investisseurs cherchent surtout des actifs en CHF et en JPY pour se protéger contre la tempête actuelle. Difficile de savoir combien de temps elle va durer. Ce qui est certain, c’est que les signaux d’inquiétude s’amplifient. La volatilité moyenne des actions américaines est anormalement élevée. En outre, presque chaque jour un nouveau rapport est publié mettant en avant à quel point l’IA va disrupter l’économie et détruire des emplois.
Fait intéressant, la panique a épargné les actifs émergents (actions et devises). Au contraire, les actions émergentes se portent comme un charme en Asie et en Amérique latine. Quant aux devises de ces deux zones, elles affichent une impressionnante résilience qui est inhabituelle en période d’aversion au risque. Comment expliquer cela ? Elles ont été certainement aidées ces derniers jours par la mise en place des nouvelles taxes douanières américaines qui sont moins élevées que les précédentes pour beaucoup de pays émergents. L’Amérique latine fait partie des gagnants du nouveau régime protectionniste américain. À l’inverse, l’Europe, et surtout l’Italie, sont parmi les perdants. Prudence toutefois, on sait que la politique tarifaire peut évoluer très rapidement, en l’espace d’une nuit, comme on l’a vu il y a une semaine de cela.
La panique boursière ne remet pas en cause la tendance de fond du « debasement trade » qui pénalise le dollar à long terme. Stricto sensu, cette expression renvoie à une perte de confiance dans la monnaie à cause d’un déficit budgétaire incontrôlable. Ce n’est pas le cas pour l’instant aux États-Unis. Dans les faits, il s’agit d’un rééquilibrage des portefeuilles des grands investisseurs mondiaux faisant suite à une surexposition anormale aux actifs américains depuis la Covid. Ce rééquilibrage est enclenché depuis un an. En 2025, il avait beaucoup bénéficié aux actions européennes et, par ricochet, à l’euro. En 2026, les flux vont beaucoup vers les marchés émergents et le Japon. Même si nous ne nous attendons pas à une dépréciation d’ampleur similaire à l’an dernier du dollar, nous estimons que la baisse du billet vert est structurelle. Pour l’EUR/USD, cela pourrait se matérialiser par un pic autour de 1,22-1,25 cette année. Le niveau de 1,22 fait office de résistance importante. Elle devra être franchie pour espérer aller plus loin. Des analystes ont une cible plus ambitieuse à 1,30. Cela nous paraît peu probable. Il faudrait qu’il y ait une grave crise institutionnelle aux États-Unis, par exemple une remise en cause formelle de l’indépendance de la Réserve Fédérale (Fed), pour que cela se produise. Nous en sommes loin.
Au Japon, la perspective d’une baisse des taux s’éloigne rapidement. Il y a une semaine, le marché évoquait une baisse dès ce mois-ci ou en avril. Finalement, c’est compromis. Lors d’une réunion avec la Banque du Japon (BoJ), le Premier ministre japonais a été plus ferme que par le passé sur la nécessité d’être prudent quant au rythme d’appréciation des taux. Contrairement à la Fed, la BoJ est indépendante formellement mais c’est une autre histoire dans les faits. Elle travaille de manière étroite avec le gouvernement japonais. Il est donc probable qu’une hausse des taux soit reportée au second semestre, comme nous l’anticipions en début d’année.
Le point technique
Au cours des derniers échanges, l’euro a peu profité des inquiétudes concernant l’IA. À long terme, nous estimons que la tendance de fond est toujours haussière pour l’EUR/USD avec un pic possible à 1,22 cette année. La devise européenne devrait notamment bénéficier de l’optimisme concernant l’économie allemande qui se redresse enfin. Le plan de relance de 1000 milliards d’euros présenté en février a commencé à être dépensé fin 2025. C’est pour cela que les statistiques allemandes de début 2026 sont si bonnes.
À l’inverse de l’euro, le dollar australien fait partie des gagnants de la semaine dernière. Pourquoi ? Malgré une approche prudente, la Banque de Réserve d’Australie devrait continuer d’augmenter les taux, comme l’a révélé le compte rendu de sa dernière réunion. La prochaine hausse est prévue en mai à 4,1%. C’est un élément de soutien de la devise.
Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.
| Supports | hebdo | Résistances | hebdo | |
|---|---|---|---|---|
| S2 | S1 | R1 | R2 | |
| EUR/USD | 1,1682 | 1,1702 | 1,1922 | 1,2000 |
| EUR/GBP | 0,8549 | 0,8612 | 0,8780 | 0,8812 |
| EUR/CHF | 0,9053 | 0,9099 | 0,9200 | 0,9230 |
| EUR/CAD | 1,5830 | 1,5990 | 1,6192 | 1,6225 |
| EUR/JPY | 182,45 | 183,00 | 185,00 | 185,22 |
Les annonces à suivre
L’actualité boursière autour de l’IA risque d’être encore un marqueur pour le marché des changes, tout comme la situation géopolitique au Moyen-Orient qu’il faudra suivre de près après les bombardements du week-end. Les soubresauts habituels sont là. Mais le marché semble considérer que le conflit restera circonscrit, à la fois géographiquement et en termes de durée. Le président américain ne va pas compromettre ses chances de victoire aux élections de mi-mandat à cause d’un conflit long.
Autre point d’attention cette semaine, le marché du travail américain. Le rapport du Département du Travail est attendu vendredi à 14h30. Il est évident qu’il sera scruté de près par la Fed. Les dernières données indiquent un ralentissement préoccupant des créations d’emplois depuis plusieurs mois. Cela pourrait inciter la banque centrale à baisser ses taux dès le mois de mars.
Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.
| Jour | Heure | Pays | Indicateur | À quoi s'attendre ? |
|---|---|---|---|---|
| Le 03/03/2026 | 11:00 | Zone euro | Inflation (Février) | Précédent à 1,9% sur un an. |
| Le 04/03/2026 | 14:45 | USA | Rapport sur l’emploi privé ADP (Février) | Précédent à 22k. |
| Le 06/03/2026 | 14:30 | USA | Rapport sur l’emploi du Département du Travail (Février) | Précédent à 4,3% et créations d’emplois à 130k. |
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