Face à la crise géopolitique, le marché des changes a réagi comme attendu. Les cambistes se sont repliés sur les valeurs refuge, en particulier le dollar américain qui joue toujours ce rôle, en dépit des craintes de dédollarisation. Le franc suisse, qui est perçu comme adossé à l’or, a aussi bénéficié du contexte actuel.
Le marché a réagi comme attendu à la menace géopolitique. Les valeurs refuge ont été recherchées : dollar américain, franc suisse, yen japonais, obligations souveraines américaines, or (malgré des prises de bénéfice au cours des dernières séances) et actions du secteur de la défense. Le yen a réagi avec un peu de retard. Les cambistes étaient initialement échaudés par le fait que la Banque du Japon ne va certainement pas augmenter ses taux dans les mois à venir. La prochaine hausse est désormais attendue pour la deuxième partie d’année. La volatilité était évidemment élevée au cours des dernières séances mais loin d’être à des niveaux de crise. Cela semble indiquer que les cambistes ne sur-réagissent pas et qu’ils considèrent que le conflit, même s’il peut durer longtemps, n’entraînera pas de conséquences économiques graves et durables. Dit autrement, les oiseaux de mauvais augure qui prédisent une stagflation, un nouveau choc pétrolier ou une crise économique mondiale ont certainement tort. C’est aussi notre avis.
Prenons le pétrole. Certes, pour l’instant, il ne peut quasiment plus transiter par le détroit d’Ormuz ce qui pose un sérieux problème pour l’Asie (en particulier la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud). Mais, depuis jeudi 05 mars, l’Arabie Saoudite utilise son oléoduc est-ouest pour qu’une partie du pétrole puisse être acheminé vers les consommateurs européens et asiatiques. Cela va permettre de pallier un peu le déséquilibre actuel entre l’offre et la demande sur le marché de l’énergie. Si cela ne suffit pas, les États-Unis, qui sont les premiers producteurs mondiaux de pétrole et de gaz, pourraient aussi décider d’accroître temporairement leur production. Dans le pire des cas, certains pays pourraient aussi faire appel au pétrole russe, en dépit des sanctions occidentales. Bref, beaucoup de solutions existent afin d’éviter d’avoir un baril de pétrole autour de 100-120 dollars, ce qui constituerait un vrai risque pour l’économie mondiale.
En revanche, il va falloir gérer l’incertitude qui risque de perdurer un moment et qui peut provoquer des pics inopinés de volatilité surtout pendant les périodes où la liquidité est faible (par exemple, pendant la session asiatique). Tant que le conflit perdure, nous nous attendons à ce que les valeurs refuge enregistrent de bonnes performances. Les devises dépendantes de l’énergie, comme le dollar canadien, devraient aussi continuer d’augmenter de manière assez logique puisque le pétrole a augmenté de presque 20% au cours de la semaine passée.
Nous pouvons déjà tirer une première leçon de cette crise pour le marché des changes. En début d’année, la dédollarisation et le « debasement trade » étaient sur toutes les lèvres. Finalement, lorsque les choses tournent mal, il n’y a pas de meilleure alternative que le dollar. Les investisseurs ne se ruent pas sur l’euro ou le yuan chinois. Par conséquent, annoncer la fin de son hégémonie semble un peu prématuré. Une fois la crise passée, nous nous attendons toujours à ce que le billet vert se déprécie un peu cette année. Selon nos derniers calculs, le dollar index, qui mesure l’évolution du dollar face aux devises de ses principaux partenaires commerciaux, est survalorisé de 7%. Un repli de 5% sur l’ensemble de l’année nous paraît crédible.
Le point technique
Initialement, la volatilité sur le marché des devises était plutôt contenue. La semaine dernière, ce fut une autre affaire. La paire EUR/USD a évolué dans une bande de fluctuations de quasiment 300 pips contre 100-150 pips en période normale. Sans surprise, la tendance était baissière en raison de l’aversion au risque. Nous nous attendons à ce que la paire atteigne un point bas temporaire entre 1,1450 et 1,1500 si le conflit reste au même niveau d’intensité – ce qui semble le plus probable à ce stade. Une fois la parenthèse géopolitique fermée, la tendance de fond haussière de l’EUR/USD devrait reprendre. C’est en tout cas ce que les précédents historiques nous enseignent (notamment la guerre en Irak en 2003 et la guerre des 12 jours de juin 2025).
Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.
| Supports | hebdo | Résistances | hebdo | |
|---|---|---|---|---|
| S2 | S1 | R1 | R2 | |
| EUR/USD | 1,1423 | 1,1450 | 1,1633 | 1,1733 |
| EUR/GBP | 0,8540 | 0,8588 | 0,8700 | 0,8733 |
| EUR/CHF | 0,8878 | 0,8904 | 0,9200 | 0,9210 |
| EUR/CAD | 1,5700 | 1,5722 | 1,5900 | 1,5934 |
| EUR/JPY | 180,45 | 181,00 | 183,00 | 183,42 |
Les annonces à suivre
Outre l’actualité géopolitique, le marché des changes va se focaliser sur l’inflation américaine dans les prochains jours. Deux statistiques sont attendues : les prix à la consommation en février et l’indice PCE core pour janvier qui est considéré comme l’indicateur d’inflation préféré de la Réserve Fédérale (Fed). Ce dernier est prévu à 3% sur un an – un niveau toujours un peu trop élevé par rapport à la cible de la banque centrale à 2%. Au cours des derniers mois, les pressions inflationnistes ont surtout résulté des prix de l’énergie et de l’alimentation. Sans surprise, au regard du contexte au Moyen-Orient, il est évident qu’il n’y aura pas d’accalmie à ce niveau. Rappelons que le détroit d’Ormuz, qui est au centre des préoccupations en ce moment, est une voie de passage importante pour les hydrocarbures mais aussi pour les engrais, en particulier l’urée qui est abondamment utilisée dans l’agriculture. Si les prix des fertilisants augmentent durablement, comme ce fut le cas au déclenchement de la guerre en Ukraine, cela va se répercuter sur l’alimentation. Étant donné le niveau d’incertitude à court terme, le marché n’anticipe désormais plus de baisse des taux par la Fed lors de sa réunion de mi-mars. Le taux directeur devrait rester compris entre 3,5% et 3,75%. C’est également notre avis. En revanche, cela risque de déplaire fortement au président américain Donald Trump. De nouvelles attaques contre Jerome Powell sont à prévoir.
Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.
| Jour | Heure | Pays | Indicateur | À quoi s'attendre ? |
|---|---|---|---|---|
| Le 11/03/2026 | 13:30 | USA | Inflation (Février) | Précédent à 2,4% sur un an. |
| Le 13/03/2026 | 13:30 | USA | Indice PCE core (Janvier) | Précédent à 3% sur un an. |
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