Question pour un champion

Quel va être l’impact économique du conflit au Moyen-Orient ? Il est certainement trop tôt pour le savoir. La bonne nouvelle, c’est que nous ne sommes pas dans la même configuration qu’en 2022 lorsque les banques centrales mondiales avaient été contraintes d’augmenter brutalement les taux directeurs.

L’une des premières leçons que nous pouvons tirer du conflit au Moyen-Orient, c’est que notre dépendance au pétrole demeure. Ce n’est pas uniquement un carburant. C’est aussi le pilier de l’économie industrielle. Par exemple, le pétrole et le gaz deviennent des matières premières comme le naphta, l’éthane et le propane. Ces matières premières sont transformées en produits chimiques de base tels que l’éthylène, le propylène et le méthanol. Ces produits servent ensuite à fabriquer des plastiques, du caoutchouc synthétique, des résines, des mousses, des produits chimiques industriels ainsi que les produits que nous utilisons au quotidien (emballages, véhicules, électronique, matériaux de construction, produits pharmaceutiques etc.). Lorsque les marchés pétroliers sont perturbés, toute la chaîne de production mondiale en subit les conséquences. C’est ce que nous avons pu observer depuis le déclenchement de la guerre en Iran.

Quelles vont être les conséquences économiques de tout ce remue-ménage ? Difficile de le dire avec précision. Si le détroit d’Ormuz, qui est le nœud stratégique important pour le commerce international, est fermé pendant deux mois et demi, les économistes estiment que cela va amputer la croissance mondiale d’environ 0,2 point de pourcentage. Elle passerait de 2,8% à 2,6% – ce qui est toujours honorable et proche du potentiel. Quant à l’inflation, tout va dépendre de l’évolution du prix du baril de pétrole. S’il se maintient pendant plusieurs mois d’affilés autour de 100 dollars, cela pourrait entraîner une hausse pour les pays développés comprise entre 0,5 et 1 point de pourcentage. C’est important. Encore une fois, il s’agit d’estimations à prendre avec des pincettes. Personne n’est en mesure de savoir comment le conflit va évoluer et si le pétrole va durablement rester aussi élevé. Pendant la guerre des 12 jours de juin 2025, il avait également fortement rebondi avant de revenir à son niveau d’avant-crise dès la fin des hostilités. Autre point d’incertitude, la réponse budgétaire des États. On peut tout à fait considérer qu’ils mettent en œuvre des mesures de compensation de la hausse des prix ou des mesures de soutien à l’économie, si nécessaire. Ce fut le cas par le passé.

Bonne nouvelle toutefois, nous ne sommes pas dans la même configuration qu’en 2022, au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine. À l’époque, nous étions à la fois face à un choc d’offre (rupture des approvisionnements gaziers) et de demande (forte consommation dans la foulée de la Covid) qui ont abouti à une hausse généralisée des prix. Dans certains pays, comme l’Allemagne, cela a même conduit à une boucle prix-salaire. Dans une telle situation, les banques centrales n’avaient pas d’autre choix que d’augmenter les taux directeurs. Elles l’ont fait, massivement parfois. Actuellement, il s’agit uniquement d’un choc d’offre dont l’ampleur est encore incertaine. En théorie, les banques centrales ont plutôt pour habitude de ne pas y prêter trop attention. Elles n’ont pas les outils nécessaires pour faire face. En règle générale, elles patientent en attendant que celui-ci s’estompe ou disparaisse.

Le point technique

Les devises sont toujours en mode aversion au risque, sans surprise. Le dollar américain et le franc suisse continuent d’être recherchés par les investisseurs qui cherchent à se protéger contre les remous géopolitiques. C’est exactement la même configuration de marché que depuis fin février. Petite différence toutefois, le yen a de nouveau perdu du terrain face à l’euro au cours des dernières séances. Beaucoup s’interrogent sur l’évolution de la politique monétaire nippone, ce qui les incite à la prudence. C’est rare que le JPY ne joue pas son rôle de pare-feu contre la hausse du risque géopolitique.

Autre devise qui a plutôt bien augmenté ces dernières semaines : le dollar canadien. Il existe une corrélation positive de +0,7 entre le CAD et le pétrole. Une corrélation proche de +1 est considérée comme très forte. Lorsque l’or noir augmente, en règle générale, c’est aussi le cas du dollar canadien. Ce fut de nouveau prouvé dans le cas de la guerre en Iran. Une fois cette parenthèse fermée, nous nous attendons toutefois à une reprise de la tendance haussière de l’EUR/CAD.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SupportshebdoRésistanceshebdo
S2S1R1R2
EUR/USD1,14331,14501,16771,1700
EUR/GBP 0,85100,85450,87000,8710
EUR/CHF 0,88700,89000,91000,9200
EUR/CAD 1,56001,56881,58001,5909
EUR/JPY 181,45182,00184,00184,40

Les annonces à suivre

Les banques centrales sont à l’honneur cette semaine. Comme nous le laissions entendre plus haut, nous nous attendons à ce que le statu quo monétaire soit maintenu à cause des incertitudes macroéconomiques liées à la situation au Moyen-Orient. La flambée des prix de l’énergie et des engrais risque de provoquer des tensions inflationnistes à court terme qui vont inciter à reporter les baisses de taux prévues. Aux États-Unis, la Réserve Fédérale américaine estime qu’en moyenne une hausse de 10% des prix du pétrole aboutit à une augmentation de 23 points de base de l’indice des prix à la consommation, et peut aussi négativement impacter les anticipations d’inflation. Encore une fois, il s’agit d’une estimation qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre. Évidemment, plus les prix de l’énergie vont rester longtemps élevés, plus cela va constituer un casse-tête pour les banques centrales alors que dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni, on observe un ralentissement de l’activité. Attention, nous ne sommes pas face à un scénario de stagflation (croissance faible, forte inflation), pour le moment !

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JourHeurePaysIndicateurÀ quoi s'attendre ?
Le 18/03/202614:45CanadaRéunion de la banque centraleTaux directeur maintenu à 2,25%
Le 18/03/202619:00USARéunion de la banque centraleTaux directeur maintenu à 3,75%
Le 19/03/202609:30SuisseRéunion de la banque centraleTaux directeur maintenu à 0%.
Le 19/03/202613:00Royaume-UniRéunion de la banque centraleTaux directeur maintenu à 3,75%.
Le 19/03/202614:15Zone euroRéunion de la banque centraleTaux directeur maintenu à 2%.

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