On entre dans le dur

La configuration sur le marché des changes n’a pas changé. Le dollar reste privilégié en raison de l’incertitude géopolitique. C’est normal. Petite nouveauté : les analystes évoquent de nouveau la possibilité d’une hausse des taux au Japon en avril. Attention, ce n’est pas garanti.

Au secours, l’inflation revient ! Vous l’avez sans doute déjà lu : le blocus du détroit d’Ormuz, passage clé pour les hydrocarbures, fait grimper les prix de l’énergie sur les marchés internationaux, ce qui devrait alimenter l’inflation dans les mois à venir.

Mais la réalité est à la fois plus complexe…et plus préoccupante. Les répercussions économiques du conflit dépassent largement cette seule hausse des prix. Les perturbations du commerce international se diffusent le long des chaînes d’approvisionnement, créant un effet de contagion. Cela entraîne des contraintes de production, qui réduisent les marges des entreprises et finissent par se répercuter sur les consommateurs, accentuant encore l’inflation.

Les ruptures de production sont partout. Pour l’instant, l’agriculture est la plus touchée. Aux États-Unis, la saison des semis est en danger. Environ 50% de l’azote répandu sur le maïs américain l’est lors des semis de printemps. Problème, même si le détroit d’Ormuz rouvrait demain, il faut 30 jours pour que l’azote, engrais essentiel pour les récoltes, atteigne un port américain et encore 3 à 4 semaines pour parvenir aux marchés agricoles de l’intérieur du pays. C’est déjà trop tard.

Ce n’est pas un cas à part. Beaucoup de pays, y compris en Europe, sont confrontés à une situation similaire. Faute de mieux, les agriculteurs pourraient être contraints de passer du maïs, qui nécessite beaucoup d’azote, au soja même si cela implique des rentrées financières plus faibles en raison de marges réduites.

Ces disruptions ont déjà un impact sur les prix internationaux des produits agricoles qui ont bondi depuis fin février à la fois en réaction à la baisse anticipée de l’offre et à un regain de spéculation.

Pour ne rien arranger, certains liens de causalité entre les matières premières sont méconnus et des industries que l’on pensait être épargnées par la crise ne le sont pas en réalité. C’est le cas des engrais phosphatés qui, à l’inverse de ceux azotés, ne transitent pas par le détroit d’Ormuz. En théorie, le Maroc, qui possède 70% des réserves mondiales de phosphate récupérable, pourrait sortir gagnant de la crise actuelle. Malheureusement, ce n’est pas si simple. Son industrie des engrais a besoin de soufre, dont la moitié de la production mondiale passe par le détroit, pour transformer la roche phosphatée insoluble en acide phosphorique soluble et en superphosphates.

Même si les conséquences économiques exactes du conflit sont encore difficiles à prévoir, ce qui est certain, c’est que nous n’échapperons pas à une augmentation de l’inflation alimentaire. Elle ne va toutefois pas survenir du jour au lendemain. En moyenne, il faut six mois pour que la hausse des prix sur les marchés internationaux se répercute sur les prix à la consommation.

Question à un million d’euros : est-ce que cela va pousser les banques centrales à augmenter les taux ? Ce n’est pas certain.

Le point technique

Sur le marché des changes, la configuration n’a pas changé. Le dollar reste privilégié en raison de l’incertitude géopolitique. L’euro est un peu pénalisé à la suite de la publication de statistiques, notamment les PMI, indiquant que l’Union monétaire pourrait être durement touchée par les conséquences économiques de la guerre – certainement plus que les États-Unis. C’est un facteur qui risque de pénaliser la monnaie unique à court terme. En revanche, ce sera secondaire à long terme. Il est probable qu’une fois le conflit terminé, ce sera l’évolution des politiques de taux qui va être le principal marqueur pour les devises.

À noter que le marché évoque de nouveau une hausse des taux par la Banque du Japon, soit en avril soit en juin. Cela fait suite à des indicateurs d’activité pour les services et le secteur manufacturier meilleurs que prévu et une bonne dynamique de hausse des salaires dans le cadre des négociations du printemps. Nous restons prudents concernant l’optique d’une hausse des taux. Ce n’est pas la première fois que les analystes évoquent cette possibilité qui ne se matérialise pas à la fin.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SupportshebdoRésistanceshebdo
S2S1R1R2
EUR/USD1,14101,14301,17331,1760
EUR/GBP 0,85100,85430,87000,8730
EUR/CHF 0,88510,89090,92000,9245
EUR/CAD 1,57301,58001,60091,6100
EUR/JPY 181,40182,55185,00185,41

Les annonces à suivre

Aucune des statistiques attendues cette semaine ne sera vraiment d’importance car elles renvoient à un monde économique qui n’existe plus. Cela vaut bien sûr pour l’inflation en zone euro qui devrait augmenter dans les mois à venir à cause de la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires. Quant à la dynamique de l’emploi américain, elle ne devrait pas être affectée directement par le conflit. En revanche, la banque centrale américaine pourrait avoir tendance à se focaliser dans les mois à venir surtout sur l’inflation dans le cadre de sa politique de taux. Il faudra attendre les statistiques qui seront publiées fin avril-début mai pour avoir une meilleure estimation des perturbations économiques causées par la guerre en Iran.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JourHeurePaysIndicateurÀ quoi s'attendre ?
Le 31/03/202611:00Zone euroInflation (Mars)Précédent à 1,9% sur un an
Le 01/04/202614:15USACréations d’emplois non agricoles ADP (Mars)Précédent à 63k
Le 03/04/202614:30USARapport sur l’emploi du Département du Travail (Mars)Précédent à -92k

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