Coup de théâtre ce week-end. Après avoir déclaré le détroit d’Ormuz « complètement ouvert » vendredi, provoquant un effondrement du pétrole de 11 %, l’Iran a fait volte-face samedi et refermé le détroit. Le cessez-le-feu expire le 21 avril. La volatilité est de retour. Le dollar hésite entre son rôle de valeur refuge et la défiance croissante des investisseurs à son égard.
La séquence est à couper le souffle. Jeudi 17 avril, Donald Trump annonce un cessez-le-feu de 10 jours entre Israël et le Liban. Dans la foulée, vendredi, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi déclare le détroit d’Ormuz « complètement ouvert » à la navigation commerciale. Réaction immédiate : le brut WTI plonge de 11,4 % à 83,85 $ le baril, le Brent chute de 9 % à 90,38 $. Le S&P 500 et le Nasdaq inscrivent de nouveaux records historiques. L’euphorie dure moins de 24 heures.
Samedi matin, les Gardiens de la Révolution iraniens (IRGC) annoncent que le contrôle du détroit est « retourné à son état antérieur ». Téhéran justifie ce revirement par le maintien du blocus naval américain sur les ports iraniens, qualifié de « piraterie ». Selon Bloomberg, plusieurs pétroliers ont fait demi-tour dans le golfe Persique. Trump réagit en déclarant que l’Iran a essayé de « jouer au plus malin ». Le négociateur en chef iranien, Mohammed Bagher Qalibaf, est sans ambiguïté : « Il est impossible que d’autres passent par le détroit d’Ormuz alors que nous ne le pouvons pas. » Comment expliquer une telle volte-face ?
En réalité, l’ouverture de vendredi était conditionnée au cessez-le-feu au Liban et à un geste de bonne volonté américain. Or Trump a immédiatement rappelé que le blocus naval américain resterait en place « jusqu’à la conclusion d’un accord nucléaire ». Pour l’Iran, c’était une ligne rouge. En outre, le cessez-le-feu au Liban est lui-même fragile : un casque bleu français et deux soldats israéliens ont été tués ce week-end dans le sud du Liban. Macron a accusé le Hezbollah d’être responsable de la mort du militaire français. Clairement, la désescalade est tout sauf acquise.
Au niveau macroéconomique, les conséquences sont majeures. L’ING estime que près de 13 millions de barils par jour restent perturbés. L’Agence Internationale de l’Énergie qualifie la situation de « plus grande perturbation de l’approvisionnement de l’histoire du marché pétrolier mondial ». L’inflation américaine (CPI) a déjà bondi à 3,3 % en mars, tirée par l’essence (+21 % sur un mois). Côté européen, la BCE a révisé ses projections d’inflation à 2,6 % pour 2026 et abaissé sa prévision de croissance à 0,9 %. Les taux restent inchangés à 2,00 % (taux de dépôt) depuis mars, et le marché ne table plus que sur deux hausses de 25 points de base cette année, contre trois il y a quelques semaines.
La Fed, de son côté, maintient le statu quo à 3,50-3,75 %. Le marché de l’emploi américain reste solide (178 000 créations de postes, chômage à 4,3 %), ce qui écarte tout assouplissement à court terme. Le rendement du 10 ans américain a terminé la semaine à 4,31 %. Le marché anticipe un statu quo lors du FOMC des 28-29 avril avec une probabilité de 99 %.
Notre avis : la séquence ouverture-fermeture d’Ormuz en moins de 24 heures résume parfaitement l’instabilité actuelle. Le marché va ouvrir lundi dans un contexte de forte incertitude. Les entreprises exposées aux devises auraient tort de baisser la garde. La volatilité va rester élevée tant que le cessez-le-feu US-Iran (qui expire le 21 avril) n’est pas prolongé. Nous pensons que le pétrole va repartir à la hausse dès lundi, ce qui soutiendrait le dollar à court terme. Mais la tendance de fond reste à l’affaiblissement du billet vert : le DXY a perdu plus de 10 % depuis son pic de janvier 2025 et la défiance des investisseurs institutionnels à l’égard du dollar est désormais étayée par les chiffres.
Le point technique
Sur le marché des changes, le dollar américain a vécu une semaine en dents de scie. Le DXY (indice dollar) est tombé à 98,06 mercredi, un plus bas de six semaines, porté par les espoirs de cessez-le-feu. Il s’est ensuite stabilisé autour de 98,20 vendredi. La refermeture du détroit samedi devrait lui redonner un peu de souffle lundi, par l’effet valeur refuge. Mais selon Deutsche Bank, le statut de valeur refuge du dollar est un « mythe » : sur un an, le billet vert a perdu plus de 10 % et la corrélation dollar-actions est proche de zéro. Faut-il s’attendre à ce que cette défiance se confirme ? C’est probable.
L’EUR/USD a atteint 1,1835 jeudi, son plus haut depuis le début du conflit en Iran, avant de refluer vers 1,1764 vendredi. Sur le mois écoulé, l’euro s’est renforcé de +2,7 % face au dollar. Le range de la semaine s’est établi entre 1,1672 (lundi) et 1,1835 (jeudi). Avec la refermeture d’Ormuz, un retour vers 1,17 est envisageable à très court terme, mais la tendance haussière de l’euro reste intacte tant que le support à 1,1650 tient.
L’EUR/GBP évolue dans un couloir étroit autour de 0,8700. La livre sterling bénéficie du recul généralisé du dollar, avec le GBP/USD à 1,3550. Les PMI flash britanniques attendus mercredi seront déterminants pour la prochaine impulsion. Le franc suisse, valeur refuge traditionnelle, a fondé comme neige au soleil cette semaine avec l’EUR/CHF remonté vers 0,9220. Mais la refermeture d’Ormuz pourrait ramener les flux vers le CHF dès lundi.
Le yen fait des siennes. L’EUR/JPY évolue autour de 186,60, l’USD/JPY a reculé à 158,60. Le yen profite du double effet de la baisse du pétrole (le Japon est un importateur net majeur d’énergie) et du recul des rendements américains. La Banque du Japon, qui a progressivement relevé ses taux, pourrait tirer son épingle du jeu si la désescalade se confirme. L’EUR/CAD se maintient autour de 1,62, le dollar canadien restant sous pression en raison de sa forte corrélation avec les cours du brut. Difficile de savoir si le CAD pourra se ressaisir tant que la situation pétrolière n’est pas clarifiée.
Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.
| Supports | hebdo | Résistances | hebdo | |
|---|---|---|---|---|
| S2 | S1 | R1 | R2 | |
| EUR/USD | 1,1720 | 1,1650 | 1,1835 | 1,1920 |
| EUR/GBP | 0,8660 | 0,8620 | 0,8740 | 0,8790 |
| EUR/CHF | 0,9160 | 0,9100 | 0,9270 | 0,9340 |
| EUR/CAD | 1,6100 | 1,6020 | 1,6260 | 1,6360 |
| EUR/JPY | 184,50 | 183,00 | 187,80 | 189,50 |
Les annonces à suivre
La semaine du 20 avril s’annonce décisive. Sur le plan géopolitique d’abord : le cessez-le-feu US-Iran expire le 21 avril. Sa prolongation (ou non) déterminera la trajectoire du pétrole et, par extension, celle du dollar. Des négociations entre Washington et Téhéran, via la médiation pakistanaise, sont prévues lundi. Le marché sera extrêmement réactif à toute déclaration.
Sur le plan économique, l’événement phare sera la publication des PMI flash d’avril mercredi 23 avril, pour la France, l’Allemagne, la zone euro et les États-Unis. Ces indicateurs donneront une première photographie de l’activité économique en contexte de crise énergétique. En zone euro, le PMI services de mars avait déjà chuté à 50,2, au plus bas depuis mai 2025. Un passage sous 50 serait un signal fort de contraction. Côté américain, les ventes au détail (mardi) et les commandes de biens durables (jeudi) permettront d’évaluer la résilience du consommateur face à la flambée de l’énergie.
Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.
| Jour | Heure | Pays | Indicateur | À quoi s'attendre ? |
|---|---|---|---|---|
| Le 21/04/2026 | 14:30 | États-Unis | Ventes au détail (mars) | Cons. : +0,4 % m/m | Préc. : +0,2 % |
| Le 23/04/2026 | 10:00 | Zone euro | PMI flash composite (avr.) | Précédent : 50,9 |
| Le 23/04/2026 | 15:45 | États-Unis | PMI flash composite (avr.) | Précédent : 53,5 |
| Le 24/04/2026 | 14:30 | États-Unis | Commandes biens durables (mars) | Cons. : +0,6 % m/m |
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