BOND DE L’EURO FACE A L’USD ET AU JPY

Bond de l'Euro face à l'USD et au JPY

L'hebdo devises du 10 juin 2019

Le point macro

Nous avons eu deux confirmations au cours de la semaine écoulée : l’économie mondiale, y compris américaine, connait un abrupt coup d’arrêt qui n’est pas sans lien avec le renforcement de la guerre commerciale, et les banques centrales sont sous pression pour intervenir. Intuitivement, on pourrait croire que les devises à risque, comme l’euro, seraient pénalisées face aux valeurs refuge, USD, CHF et JPY. Il n’en fut rien. L’euro ressort en hausse sur les cinq dernières séances : +1,28% face à l’USD, +1,06% face au JPY et seulement un repli marginal de 0,06% face au CHF. La hausse s’explique par la conjonction de deux phénomènes : des rachats à bon compte et également un discours de la part de la BCE qui a rassuré. Comme c’est toujours le cas, Mario Draghi a parfaitement répondu aux attentes : il a tenu un discours très accommodant, en repoussant de nouveau la perspective de hausse des taux d’intérêt, et il a assorti ce discours de l’annonce de l’octroi de prêts à long terme aux banques de la zone euro à des taux ultra-compétitifs.

La hausse de l’euro face au dollar est aussi explicable par la dégradation économique aux Etats-Unis qui renforce les anticipations de baisse des taux. En effet, sur la semaine écoulée, la plus forte séance de progression de l’euro face à l’USD a eu lieu vendredi dernier, avec un bond de plus de 0,50%. C’est le jour où les créations d’emploi aux Etats-Unis pour le mois de mai ont été publiées. Elles sont ressorties en forte baisse, à 75000 vs 175000 selon le consensus. En outre, les créations d’emploi pour mars et avril ont aussi été revues fortement à la baisse, confirmant qu’il ne s’agit pas d’un coup de frein passager du marché de l’emploi américain. Etant donné l’évolution de la conjoncture, on voit mal comment la Réserve Fédérale pourrait faire l’économie d’une baisse de taux dans les mois à venir. Selon le marché, celle-ci pourrait intervenir dès le mois de juillet.

Toutes les banques centrales ne sont pas confrontées à la même pression. Le compte-rendu de la réunion de la Banque du Canada était instructif : il n’y avait pas moins de six mentions soulignant la bonne orientation de l’économie nationale et de l’inflation. Parmi les monnaies majeures, c’est d’ailleurs seulement face au dollar canadien que l’euro perdait nettement du terrain sur la semaine écoulée, avec un repli de 0,59%.


Le point technique

La question qu’on peut se poser est de savoir si cette hausse de l’euro va perdurer. Si on se réfère à l’analyse technique, l’orientation reste toujours baissière face au yen et au franc suisse. C’est également confirmé par les attentes du point de vue de la macroéconomie. Les remous de la guerre commerciale et les craintes de récession favorisent les valeurs refuge, à l’exception du dollar.

En revanche, l’optique est plus favorable face au dollar américain. La perspective de baisse du loyer de l’argent aux Etats-Unis couplée au franchissement de la moyenne mobile à 50 jours et de la borne des 1,13 pourrait permettre à l’EUR/USD de continuer sur sa lancée à court terme en direction des 1,1352 et 1,1366. Pour envisager une extension du mouvement haussier, il faudrait franchir la moyenne mobile à 200 jours située à 1,1396, mais ce scénario est peu probable car le rebond de l’euro manque de puissance.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SUPPORTSHEBDORÉSISTANCES HEBDO
S2S1R1R2
EUR/USD1,11641,11961,13521,1366
EUR/GBP 0,87510,87960,89200,9005
EUR/CHF 1,11021,11401,12481,1317
EUR/CAD 1,49421,50201,51501,5203
EUR/JPY 119,66120,30123,45125,35

Les annonces à suivre

La semaine qui commence va être encore marquée par l’impact des mauvais chiffres de l’emploi américain qui vont renforcer les attentes de baisse des taux outre-Atlantique. C’est négatif pour le dollar. Une baisse de l’inflation aux Etats-Unis pourrait donner les coudées franches à la Réserve Fédérale pour enclencher une baisse des taux à court terme. En outre, nous pourrions avoir de nouveaux salves au niveau de la guerre commerciale puisque le Département du Commerce américain étudie la mise en place de tarifs douaniers à l’égard des pays qui auraient volontairement une monnaie sous-évaluée. Aucun pays n’a nommément été cité mais on peut penser notamment à la Chine et à la zone euro. Si c’est avéré, la guerre commerciale se transformerait ouvertement en guerre des devises.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JOURHEUREPAYSINDICATEURA QUOI S'ATTENDRE ?
10/0610:30PIB (en mensuel et en annuel)Confirmation ou pas de l’effet Brexit sur la dynamique de croissance
12/0610:15Discours de DraghiConfirmation des éléments dévoilés lors de la conférence de presse de jeudi dernier
14:30IPC coreUne baisse pourrait offrir plus de marge de manœuvre à la Fed pour diminuer ses taux d’intérêt
13/0609:30Réunion de la banque centrale suivie par la conférence de presse à 10hA scruter, tous les commentaires à l’égard du niveau du taux de change du CHF

Les informations présentées sur cette publication, vous sont communiquées à titre purement informatif et ne constituent ni un conseil d’investissement, ni une offre de vente, ni une sollicitation d’achat, et ne doivent en aucun cas servir de base ou être pris en compte comme une incitation à s’engager dans un quelconque investissement.


POLITIQUE ET BCE AU MENU CETTE SEMAINE

Politique et BCE au menu cette semaine

L'hebdo devises du 03 juin 2019

Le point macro

Le terrain de jeu est resté étroit pour l’EUR/USD. La paire a évolué dans un range de seulement 59 pips sur la semaine écoulée. Le résultat des élections au Parlement européen n’a pas provoqué de regain significatif de la volatilité. C’est finalement le statu quo qui l’emporte avec une poursuite lente de la tendance baissière bien amorcée depuis le 1er janvier.

Coup de Trafalgar du président américain Donald Trump. Vendredi dernier, il a annoncé la mise en place de tarifs douaniers avec le Mexique alors qu’a été négociée il y a quelques mois de cela entre Toronto, Washington et Mexico une nouvelle mouture de l’ALENA. Si le Mexique « n’arrête pas le flux d’étrangers illégaux passant par son territoire », l’administration américaine va mettre en place des droits de douane à hauteur de 10% au 1er juillet, qui pourraient grimper de 5 points de pourcentage chaque mois jusqu’à la limite de 25% en octobre. Réaction immédiate sur le marché des changes : le peso mexicain s’est effondré de plus de 2% lors de la séance de vendredi, atteignant un point bas à 19,80 pour un dollar, avant d’effacer un peu ses pertes. Le dollar canadien a aussi perdu du terrain (-0,37% face à l’euro) alors qu’il n’avait pas réagi les jours précédents au chiffre du PIB canadien et très peu à l’issue de la réunion de la Banque du Canada (statu quo monétaire à 1,75%). Les investisseurs craignent une remise en cause de la nouvelle version de l’accord commercial nord-américain.

Toutefois, le Dollar Index ne bénéficiait pas de ce nouvel esclandre puisqu’il était en retrait sur la journée de vendredi, autour de la zone des 98.00. Comme nous le rappelions il y a peu, le dollar index n’est pas le grand vainqueur de la guerre commerciale car le marché considère que les Etats-Unis vont être affaiblis économiquement. A ce jour, 31% des investisseurs tablent sur une baisse des taux d’intérêt par la Fed pour soutenir l’activité d’ici la fin de l’année, et 35% tablent sur deux baisses des taux.


Le point technique

L’EUR/USD est toujours coincé dans un biseau dont la formation remonte à septembre 2018. Cela signifie que la tendance à long terme est inchangée, à la baisse en direction de 1,10. En fin de semaine dernière, la monnaie unique a regagné un peu de terrain face au dollar, en franchissant la ligne de résistance située à 1,1140 mais ce sursaut risque d’être éphémère. La paire évolue toujours nettement sous ses moyennes mobiles à 50 jours et à 200 jours ce qui laisse peu de doutes sur la suite des évènements. En outre, un ton plus accommodant attendu par la BCE lors de sa réunion du milieu de semaine devrait accroître les risques d’inflexion baissière.

On observe la même configuration au niveau de l’EUR/JPY, confirmée par les moyennes mobiles et le RSI, qui s’explique par le fait que le yen japonais sert de valeur refuge face au risque inhérent à la guerre commerciale. La paire de devises est en chute libre, à un point bas de mai 2017, et risque rapidement de rallier ses deux prochaines zones de support, à 119,91 et à 119,58.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SUPPORTSHEBDORÉSISTANCES HEBDO
S2S1R1R2
EUR/USD1,10701,11381,12431,1280
EUR/GBP 0,86710,87430,88690,8923
EUR/CHF 1,10371,11381,12821,1340
EUR/CAD 1,48561,49591,51321,5200
EUR/JPY 119,58119,91123,43124,39

Les annonces à suivre

Le fil directeur de cette semaine sera la politique et les banques centrales. Sur le front de la guerre commerciale, selon le Financial Times, la Chine pourrait annoncer de nouvelles mesures de représailles à l’égard des Etats-Unis, en mettant certaines entreprises américaines à l’index.

En outre, la politique s’invitera aussi en Europe avec la démission formelle du Premier ministre britannique Theresa May le 7 juin prochain, ouvrant la porte à une longue course de succession qui va s’étaler du 10 juin à la fin du mois de juillet. Pour la livre sterling, l’incertitude politique va se traduire par un regain baissier face au dollar et à l’euro.

En Europe continentale, le 5 juin prochain, la Commission Européenne doit présenter ses recommandations aux Etats-membres concernant leur trajectoire de dette et de déficit. A cette occasion, un bras de fer devrait s’engager avec l’Italie qui souhaite s’émanciper du Pacte de Stabilité et de Croissance, ce qui devrait accentuer le biais baissier de l’euro.

Enfin, la réunion de la BCE qui devrait être a priori plutôt technique, car fournissant des détails sur le programme de soutien aux banques (appelé programme de refinancement à très long terme), pourrait aussi conduire à un ajustement du forward guidance en direction d’un ton plus accommodant au regard des risques que fait peser la guerre commerciale sur la dynamique économique. Un autre signal baissier pour l’euro.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JOURHEUREPAYSINDICATEURA QUOI S'ATTENDRE ?
03/0616:00ISM manufacturier pour le mois de maiHausse attendue par le consensus à 53,0
04/0615:45Discours du président de la Fed, J. PowellEventuelles indications sur le contexte international et la marge de manœuvre de la Fed
05/0614:15Enquête ADP pour le mois de maiBaisse des créations d’emplois à 185 000
06/0614:30Réunion de la BCEMaintien des taux inchangés
14:30Conférence de presse de Mario DraghiDétails techniques sur le programme de soutien aux banques et possibles commentaires sur la guerre commerciale
14:30Non-Farm Payroll pour le mois de maiTaux de chômage stable à 3,6% et créations d’emplois en baisse à 180 000

Les informations présentées sur cette publication, vous sont communiquées à titre purement informatif et ne constituent ni un conseil d’investissement, ni une offre de vente, ni une sollicitation d’achat, et ne doivent en aucun cas servir de base ou être pris en compte comme une incitation à s’engager dans un quelconque investissement.


LA POLITIQUE À L’ASSAUT DU MARCHÉ DES DEVISES

La politique à l'assaut du marché des devises

L'hebdo devises du 27 mai 2019

Le point macro

Le résultat des Européennes a réservé peu de surprises, à part la hausse de la participation en France. Un peu partout en Europe, les écologistes ont affiché de solides résultats, comme c’est souvent le cas pour ce type de scrutin. Les partis populistes et eurosceptiques ont confirmé leur assise électorale avec parfois de fortes percées comme en Hongrie où le parti du Premier ministre Viktor Orban était à 56%. Avant d’envisager la formation d’un seul bloc populiste au Parlement européen, de longues négociations doivent avoir lieu. On sait ainsi que le parti populiste au pouvoir en Pologne ne souhaite pas siéger avec le Rassemblement National. Il est donc encore trop tôt pour connaître les vraies implications politiques des résultats d’hier. L’ajustement sur le taux de change de l’euro à l’ouverture du marché était prévisible puisqu’on sait que des fonds avaient pris des positions spéculatives sur l’EUR/USD avant les élections. Les évènements d’hier ne remettent pas en cause notre scénario baissier pour la paire à moyen terme et ne constituent pas un risque supplémentaire.

L’autre grand sujet de la semaine passée sur le marché des changes fut la confirmation, après plusieurs jours de rumeurs insistantes à ce propos, de la démission du Premier ministre Theresa May qui a été poussée vers la sortie par son Cabinet. Dans la foulée, la livre sterling a accentué ses pertes face à l’euro, perdant en l’espace de cinq séances l’équivalent de 0,42% avec un point bas hebdomadaire à 0,8720. Depuis le référendum de 2016, la monnaie britannique est devenue le baromètre de l’évolution du Brexit. Le message envoyé est limpide : la situation politique, déjà compliquée, parait désormais inextricable.

Voici le calendrier politique qui attend le GBP dans les semaines à venir :
– 7 juin – départ de Theresa May
– 10 juin – début de la campagne officielle pour choisir un nouveau leader du Parti Conservateur
– Fin juillet – élection du nouveau chef du Parti Conservateur

Afin d’asseoir sa légitimité, il est probable que le remplaçant de Theresa May convoque des élections générales en septembre ou en octobre prochain, ce qui pourrait une fois de plus retarder la sortie du Royaume-Uni de l’UE, fixée à ce jour à fin octobre.

Pour la livre sterling, les prochaines échéances politiques vont encore plus accentuer la pression baissière. L’EUR/GBP pourrait renouer avec ses points hauts annuels atteints en janvier dernier et qui servent désormais de résistances. Il s’agit des niveaux de 0,8928 et de 0,9087.

Enfin, comme vous l’aurez remarqué, il y a eu un regain de volatilité sur le franc suisse suite à la suppression par référendum dans la Confédération des privilèges fiscaux des multinationales. Ce regain de volatilité fut éphémère et n’a pas remis en cause la tendance de fond face à l’euro. Sur les cinq dernières séances, l’EUR/CHF continuait de se replier, comme c’est le cas depuis le début de l’année, avec une baisse de l’ordre de 0,44%. Dans l’optique du marché, le franc suisse continue de jouer son rôle de valeur refuge, surtout pour faire face aux risques de ralentissement de l’activité en zone euro qui ont ressurgis suite à la publication de très mauvais PMI manufacturiers.


Le point technique

Du point de vue de l’analyse technique, l’euro poursuit son orientation baissière moyen terme face à ses principales contreparties, à l’exception de la livre sterling. Ainsi, il faudra surveiller les supports suivants : 1,1070 face à l’USD, 1,1138 face au CHF et 121,19 face au JPY.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SUPPORTSHEBDORÉSISTANCES HEBDO
S2S1R1R2
EUR/USD1,10701,11381,12431,1280
EUR/GBP 0,86710,87430,88690,8923
EUR/CHF 1,11381,11821,12821,1340
EUR/CAD 1,48561,49591,51321,5200
EUR/JPY 121,19121,83123,43124,39

Ajoutons à cela que si l’on se base sur la parité de pouvoir d’achat, qui permet d’évaluer si une devise est surévaluée ou sous-évaluée par rapport à une autre, l’euro est actuellement surévalué de 6% face au dollar américain, malgré sa baisse de près de 4% sur un an. Nous interprétons cette donnée comme un argument supplémentaire, avec le ralentissement économique à l’œuvre et l’accentuation du risque politique au niveau global, allant dans le sens d’une dépréciation plus importante à venir de l’euro face au dollar.


Les annonces à suivre

Les chiffres de l’inflation, des ventes au détail et du taux de chômage en Allemagne seront publiés cette semaine. Le recul du nombre de chômeurs en mai devrait être moins important que le mois précédent (-8000 vs -12000 en avril) mais on devrait avoir une reprise des dépenses de consommation et de l’inflation.

Nous nous attendons également à ce que l’incertitude perdure encore quelques jours concernant l’impact politique réel des élections européennes. Les coalitions possibles qui ont été dévoilées dimanche soir sont encore fluctuantes, notamment en ce qui concerne les partis populistes et eurosceptiques.

En outre, les chefs d’Etat et de gouvernement restent à la barre en ce qui concerne les nominations à venir pour la Commission Européenne, comme va le rappeler le Conseil Européen prévu le 28 mai prochain. Le risque de blocage institutionnel de l’UE par les populistes, provoquant dans la foulée un effondrement de l’euro, relève selon nous du fantasme.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JOURHEUREPAYSINDICATEURA QUOI S'ATTENDRE ?
29/0509:55Evolution du nombre de chômeurs en mai-8000 vs -12000 précédemment
16:00Réunion de la Banque du CanadaStatu quo monétaire à 1,75%
30/0514:30PIB au T1Publication de l’estimation finale à 3,1% contre 3,2% précédemment
31/0514:30PIB mensuel (mars)Progression à 0,2%

Les informations présentées sur cette publication, vous sont communiquées à titre purement informatif et ne constituent ni un conseil d’investissement, ni une offre de vente, ni une sollicitation d’achat, et ne doivent en aucun cas servir de base ou être pris en compte comme une incitation à s’engager dans un quelconque investissement.


LE BREXIT DÉRAILLE, L’EURO SOUS PRESSION

Le Brexit déraille, l'Euro sous pression

L'hebdo devises du 20 mai 2019

Le point macro

Pas d’apaisement en perspective sur le front de la guerre commerciale. Le bras de fer entre les Etats-Unis et la Chine s’est durci à coup de mesures protectionnistes et de représailles. « La guerre commerciale ne peut pas faire chuter la Chine. Cela ne fera que nous endurcir pour devenir plus fort », titrait le média officiel chinois Le Quotidien du Peuple il y a quelques jours. Ces deux phrases résument parfaitement à quel point les sujets de dissension sont nombreux et la perspective d’un accord commercial éloignée. La prochaine échéance majeure est désormais le sommet du G20 à Osaka (Japon), qui aura lieu le 28 juin prochain, et qui pourrait être l’occasion d’un tête-à-tête entre les présidents Trump et Xi à propos des questions commerciales. Dans ce contexte de retour de l’aversion au risque, le dollar index a atteint un point haut de 21 semaines. La poursuite du mouvement haussier est toutefois compromise à cause de la forte résistance située à 98 et de l’anticipation par le marché que l’économie américaine sera fortement touchée par une guerre commerciale durable, ce qui forcerait la Fed à baisser ses taux. Une telle probabilité est estimée à 60-70% d’ici la fin de l’année. Le yen a aussi profité du contexte de repli vers les valeurs refuge pour continuer sur sa lancée haussière face à l’euro et à la livre sterling.

Sur la semaine écoulée, l’euro continue d’afficher l’une des meilleures performances parmi les monnaies majeures face à la livre sterling (+1,50%). La paire EUR/GBP a connu une pointe à 0,878, soit un point haut depuis février dernier. Les derniers atermoiements du Brexit ont accentué la défiance à l’égard de la monnaie britannique. Le Premier ministre Theresa May doit dévoiler début juin le calendrier de son départ du pouvoir, qu’il y ait accord sur le Brexit ou pas. Elle aurait été poussée vers la sortie par plusieurs membres de son cabinet et les Brexiters du Parti Conservateur. Le processus de désignation d’un nouveau leader devrait conduire à un regain d’instabilité politique au Royaume-Uni et à l’enlisement des négociations de sortie avec l’Union Européenne. Sur le marché des changes, cela va se traduire par un bond de la volatilité sur le GBP dans une période où les volumes traditionnellement se réduisent et à la prolongation du mouvement baissier de la monnaie britannique.

En ce qui concerne l’EUR/USD, la paire avait dans un premier temps bien résisté aux remous de la guerre commerciale mais l’accumulation de facteurs de risque l’a fait plonger vers le support situé à 1,1160. C’est la corrélation avec la paire GBP/USD dès lors qu’il est question du Brexit qui a porté un coup de massue à l’euro lors de la séance de vendredi dernier.


Le point technique

Sur les derniers mois, la volatilité était traditionnellement basse sur l’EUR/USD mais nous arrivons peut-être à un point de retournement du fait de l’accentuation du risque géopolitique. La cassure du support à 1,1160 risque d’ouvrir la voie à une nouvelle étape dans le processus baissier de l’euro vers les 1,1110. D’ici à la fin du mois, ce sera certainement le facteur politique qui risque d’avoir le plus d’influence sur la trajectoire de l’euro, notamment les élections parlementaires européennes qui auront lieu du 23 au 26 mai prochains et pourraient constituer un nouveau moteur de la baisse. Le score de la Ligue du Nord en Italie sera à surveiller de près. Une bonne performance électorale pourrait inciter Matteo Salvini, homme fort du gouvernement Italien, à rompre l’alliance avec le Mouvement Cinq Etoiles et à convoquer des élections législatives anticipées, ce qui ferait revenir le risque italien sur le devant de la scène. Ce serait une très mauvaise nouvelle pour la monnaie unique. La cible à long terme pour l’EUR/USD est à 1,10.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SUPPORTSHEBDORÉSISTANCES HEBDO
S2S1R1R2
EUR/USD1,11101,11601,12721,1309
EUR/GBP 0,86030,86790,88230,8869
EUR/CHF 1,12931,13301,14211,1476
EUR/CAD 1,47911,49431,51601,5247
EUR/JPY 121,63122,46124,39125,25

L’euro devrait aussi continuer de baisser face au yen. Là encore, les considérations politiques et géopolitiques vont favoriser le repli sur le yen en tant que valeur refuge. Tant que la paire EUR/JPY reste sous le niveau des 123,53, la tendance demeure baissière en direction, dans un premier temps, des 122,46.


Les annonces à suivre

Cette semaine, le calendrier économique sera dominé par les banques centrales, avec les interventions de Draghi et de Powell, et la publication des derniers comptes rendus de la BCE et de la Fed mais l’impact sur les taux de change devrait rester faible, étant donné que les deux banques centrales sont sur mode pilotage automatique. Comme la semaine passée, les deux thèmes majeurs seront la guerre commerciale et le risque politique avec les élections parlementaires européennes.

Il faut s’attendre à de nouvelles représailles de la part de la Chine suite à la signature par le président Trump d’un décret interdisant aux entreprises de télécommunications américaines de s’équiper auprès du chinois Huawei. Le taux de change du CNY/USD sera encore un baromètre important pour juger de la dégradation des relations sino-américaines. La paire a franchi le seuil des 6,90 pour la première fois depuis fin 2018 et se rapproche désormais de la borne psychologique des 7,00. En cas de franchissement, le marché considère qu’il s’agit du signal d’une dépréciation plus importante à venir de la monnaie chinoise qui serait synonyme de remous sur les changes et les places financières.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JOURHEUREPAYSINDICATEURA QUOI S'ATTENDRE ?
21/0501:00Discours de Powell, président de la FedConfirmation que la banque centrale est en mode pilotage automatique
22/0509:00Discours de Draghi, président de la BCECertainement peu d’éléments à attendre concernant l’évolution de la politique monétaire
20:00Compte-rendu de la réunion du FOMCA surveiller essentiellement les échanges sur l’évolution de la conjoncture aux USA
23/0510:00Indice IFO du climat des affairesHausse attendue à 99,5 vs 99,2 précédemment
13:30Compte-rendu de la réunion de la BCELe débat a trait principalement aux mesures qui pourraient être prises en faveur du secteur bancaire

Les informations présentées sur cette publication, vous sont communiquées à titre purement informatif et ne constituent ni un conseil d’investissement, ni une offre de vente, ni une sollicitation d’achat, et ne doivent en aucun cas servir de base ou être pris en compte comme une incitation à s’engager dans un quelconque investissement.


LE MARCHÉ DES CHANGES À L’HEURE DE LA GUERRE COMMERCIALE

Le marché des changes à l'heure de la guerre commerciale

L'hebdo devises du 13 mai 2019

Le point macro

Depuis vendredi dernier, les Etats-Unis ont mis en vigueur la hausse de 10 à 25% des droits de douane supplémentaires sur 200 milliards de dollars de biens chinois. Ce nouvel épisode de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine a eu des retombées immédiates sur le marché des devises. Dans la foulée, le yuan, dont le taux de change reste contrôlé par Pékin, a atteint un point bas de quatre mois face à l’USD. Même si la Chine le dément officiellement, elle semble tentée d’utiliser le taux de change pour contrer l’administration Trump. On note également un renforcement notable du yen du fait de son statut de valeur refuge. En parallèle, contrairement à ce qui s’est passé ces derniers mois, le dollar index ne profite pas du regain des tensions. L’explication est simple : le marché considère que si la guerre commerciale perdure, cela va négativement impacter l’économie américaine et obliger la Réserve Fédérale à soutenir l’économie, ce qui pourrait conduire à un rendement plus faible du dollar. D’ailleurs, la probabilité d’une baisse des taux aux Etats-Unis d’ici à janvier 2020 est désormais estimée à 66% selon le marché. A court terme, ces attentes concernant la politique monétaire américaine pourraient parasiter l’évolution du dollar index. Il faudra surveiller de près le support hebdomadaire à 97,15, qui correspond quasiment au niveau de la moyenne mobile à 55 jours, afin de savoir si la baisse va se prolonger.

L’euro a affiché l’une des meilleures performances de la semaine passée face à la livre sterling, avec un gain de plus de 1,30% malgré la solide hausse du PIB britannique au premier trimestre. Au premier abord, la progression de 1,8% sur un an (contre 1,1% pour la France à titre de comparaison) pourrait confirmer que le Brexit a peu d’effets négatifs sur l’économie britannique, voire constitue plutôt une opportunité. Ce serait cependant avoir une lecture erronée des chiffres. La progression forte de la croissance s’explique surtout par la hausse de l’investissement des entreprises et des stocks en préparation de la date de sortie initiale de l’UE, fixée à fin mars, qui depuis a été repoussée à fin octobre. Les chefs d’entreprises, ne sachant pas quelles seront les difficultés liées à la sortie, ont investi massivement et accumulé des stocks juste au cas où. Le marché des changes ne s’y est pas trompé, ce bon chiffre du PIB n’est en fait pas une bonne nouvelle.

Face au dollar, l’euro affiche une progression honorable de 0,50% sur la semaine écoulée mais, objectivement, il n’y a pas grand-chose qui se soit passé. La monnaie unique a affiché une résilience certaine face au retour des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine. Ces tensions constituent plutôt un point positif pour l’Europe car elles évitent que Washington ne se penche sur le sujet conflictuel de la balance commerciale allemande. En ce qui concerne le taux de change, l’euro a joué au yoyo dans une borne très étroite comprise entre 1,1175 et 1,1217 au cours des dernières séances. Nous restons dans un marché très attentiste à court terme.


Le point technique

Nous sommes dans un univers de volatilité faible, particulièrement pour les paires en EUR. Sur les trente principales paires échangées au niveau mondial, seules cinq ont affiché au cours des séances récentes une volatilité excédant la moyenne des dernières semaines. Il s’agit de l’AUD/JPY, du CAD/JPY, de l’EUR/JPY, du NZD/JPY et de l’USD/JPY. On notera que toutes ces paires ont pour dénominateur commun le yen japonais qui a connu une évolution haussière importante à cause de l’aversion au risque liée à la guerre commerciale. Sur les semaines à venir, le yen pourrait être le bon baromètre du marché pour juger des difficultés des négociations commerciales entre Washington et Pékin.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SUPPORTSHEBDORÉSISTANCES HEBDO
S2S1R1R2
EUR/USD1,10711,11361,12671,1331
EUR/GBP 0,83960,84490,86040,8705
EUR/CHF 1,12231,13101,14361,1484
EUR/CAD 1,49191,49771,51021,5169
EUR/JPY 121,50122,75125,05125,62

Par conséquent, à court terme, le terrain de jeu pour l’EUR/JPY risque d’être intéressant. Sur les cinq dernières séances, la baisse est de l’ordre de 1%. La paire a cassé avec succès le solide support situé à 123,70 la semaine passée et devrait donc, en toute logique, poursuivre sur sa tendance baissière à moins d’un retournement de situation sur le front de la guerre commerciale. La prochaine zone à risque pour la paire est à 122,75 avant le niveau de 121,50 qui est le point bas de 2019.

Pour ce qui est de l’EUR/USD, c’est l’inverse, il n’y a pas grand-chose à surveiller dans l’immédiat. La paire devrait encore rester autour de 1,12 même si la tendance à moyen terme reste toujours baissière avec une première zone de support importante à 1,1136.


Les annonces à suivre

La semaine qui débute sera sûrement encore dominée par la guerre commerciale. Même si la possibilité d’un accord entre les Etats-Unis et la Chine reste supérieure à 50%, les récentes difficultés repoussent à plus tard un tel scénario. La diplomatie des tweets fait son retour. Autrement dit, il va falloir prêter attention aux nombreux tweets du président Trump afin d’essayer d’en savoir plus sur ce qui se passe en coulisses entre Washington et Pékin. Officiellement, les discussions se poursuivent mais, dans les prochains jours, il n’est pas exclu que nous assistions à une escalade verbale voire même à des mesures de représailles plus importantes de la part de la Chine.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JOURHEUREPAYSINDICATEURA QUOI S'ATTENDRE ?
14/0511:00Indicateur du sentiment économique ZEWConfirmation de l’amélioration du climat économique en mai (consensus à 5,0)
15/0504:00Production industrielleRalentissement à 6,5% en avril sur un an après 8,5% le mois précédent
08:00PIB au premier trimestreHausse à 0,4% après une contre-performance à 0% au T4 2018
14:30Ventes au détailRalentissement attendu en avril à 0,7% contre 1,2% précédemment

LE SURSAUT DE L’EURO NE DOIT TROMPER PERSONNE

Le sursaut de l'Euro ne doit tromper personne

L'hebdo devises du 06 mai 2019

Le point macro

Le dollar a fait l’objet de mouvements de ventes sur le marché des changes en fin de semaine dernière, suite à la bonne surprise de l’emploi américain. Le panorama économique dressé est particulièrement positif : les créations d’emplois sont en hausse par rapport au consensus, le nombre de chômeurs est inférieur à 6 millions de personnes, soit un niveau inédit depuis 2000, et le taux de chômage rapporté à la population active est à un point bas depuis 1969, à 3,6%. Ajoutons à cela la hausse surprise de la productivité à un plus haut de 8 ans et le projet de relance par les infrastructures actuellement débattu au Congrès, on a le portrait d’une économie américaine très bien orientée pour les mois à venir. Une telle performance justifie pleinement le statu quo de politique monétaire de la Réserve Fédérale américaine, de nouveau réaffirmé lors de sa dernière réunion. Lorsque l’économie américaine va bien, cela induit un regain d’appétit au risque qui favorise les devises autres que le dollar. Ce fut le cas vendredi avec un regain haussier pour la livre sterling, le franc suisse mais aussi l’euro qui a pu ainsi afficher une performance hebdomadaire positive de +0,30% face au billet vert.

Très bonne performance de la livre sterling face à l’euro la semaine écoulée avec une progression de 1,50%. Deux explications à cela : les commentaires de la Banque d’Angleterre concernant une possible hausse des taux lors de la deuxième partie de l’année, à condition que les données britanniques restent aussi solides que jusqu’à présent, et surtout les propos du chef du Parti travailliste souhaitant qu’un accord sur le Brexit soit rapidement voté par le Parlement. Résultat : la paire EUR/GBP s’est effondrée et a atteint la zone basse de son canal d’évolution de long terme à 0,85, avant de rebondir faiblement.

Le franc suisse reste stable autour de 1,14 face à l’euro, mais les dernières statistiques en provenance de la Confédération vont certainement renforcer la volonté de la Banque Nationale Suisse d’affaiblir davantage la monnaie nationale. Comme les autres économies les plus exposées au commerce international en Europe, on observe une divergence entre le secteur manufacturier et le secteur des services. Selon les derniers chiffres, le PMI manufacturier reste en territoire négatif à 48,5 tandis que le PMI services est orienté à la hausse à 61,8. Cela signifie que la croissance du pays va surtout être alimentée par la demande intérieure dans les mois à venir, mais le levier du taux de change, via une baisse du CHF, pourrait être actionné afin de soutenir les exportations.


Le point technique

La volatilité est encore faible sur les principales monnaies. Sur l’EUR/USD, les fluctuations n’ont pas dépassé 50 points de base sur les cinq derniers jours ouvrés alors que l’actualité était pourtant propice avec la Réserve Fédérale américaine. Nous sommes face à un marché eurodollar qui est anesthésié et qui semble s’accommoder à peu près de tout, qu’il s’agisse de risque politique, d’indicateurs médiocres ou de revirement des banques centrales.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SUPPORTSHEBDORÉSISTANCES HEBDO
S2S1R1R2
EUR/USD1,10201,10811,12621,1323
EUR/GBP 0,84120,85080,85920,8610
EUR/CHF 1,12641,13161,14501,1532
EUR/CAD 1,48811,49411,50981,5195
EUR/JPY 122,87123,62125,60126,83

La hausse de l’euro en hebdomadaire n’est certainement pas amenée à durer. Deux arguments semblent aller dans ce sens. Premièrement, l’euro n’a pas profité de la hausse de l’inflation dans l’Union monétaire, ce qui traduit une défiance toujours importante du marché à l’égard de la dynamique économique en zone euro. Deuxièmement, graphiquement, l’euro reste toujours ancré sous une résistance majeure, à 1,1262, ce qui limite sérieusement le potentiel d’appréciation dans l’immédiat. On ne voit pas, à l’instant T, quel pourrait être le moteur permettant à la monnaie unique de franchir ce seuil. Par conséquent, notre vision baissière affirmée lundi dernier reste de mise.


Les annonces à suivre

Maintenant que les banques centrales sont passées, il risque d’y avoir moins d’actualité sur le marché des devises. La semaine qui débute comportera peu de marqueurs de première importance. Les négociations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis se poursuivent. Après des discussions officiellement «fructueuses» à Pékin la semaine passée, de nouveaux échanges sont prévus à partir du 8 mai à Washington. Peu d’informations filtrent sur le contenu des discussions. On sait seulement qu’un accord pourrait être annoncé au début du mois de juin.

Enfin, le PIB britannique au premier trimestre, qui sera annoncé ce vendredi, pourrait confirmer que l’orientation économique actuelle du Royaume-Uni reste positive malgré le Brexit. La semaine passée, un très bon indicateur PMI Services avait déjà été publié. Le consensus table sur une performance de 1,8% au premier trimestre sur un an. Toutefois, qu’on ne s’y trompe pas, la croissance britannique a certainement surtout été alimentée par une hausse des stocks, ce qui traduit des difficultés à écouler les marchandises.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JOURHEUREPAYSINDICATEURA QUOI S'ATTENDRE ?
07/0506:30Banque centraleMaintien du taux directeur inchangé à 1,5%
08/0513:30Compte rendu de la dernière réunion de la BCEConfirmation de la nécessité de mettre la politique monétaire sur pause
10/0510:30PIB au premier trimestreHausse à 1,8% sur un an
14:30IPC core pour le mois d’avrilHausse à 0,2% sur un mois vs 0,1% précédemment

LE DOLLAR INDEX À UN POINT HAUT DEPUIS MAI 2017

Le dollar index à un point haut depuis mai 2017

L'hebdo devises du 29 avril 2019

Le point macro

La tendance de fond de hausse du dollar américain persiste. Le Dollar Index est à un point haut depuis mai 2017, au-dessus de 98. Dans le détail, le dollar est en progression face à l’ensemble des devises du G7 et face aux principales monnaies des émergents. Sur le mois écoulé, l’euro a chuté de 0,9% face à l’USD, la livre sterling de 1,9%, le dollar canadien de 0,4% et le yen de 1,7%.

Lors de la séance de vendredi, le dollar américain n’a pas profité du bond de la croissance des Etats-Unis au premier trimestre. Selon la première estimation, elle a atteint 3,2% contre un chiffre attendu à 2%. Comme le dit le dicton, le diable se cache dans les détails. Les bémols sont nombreux, ce qui explique l’absence de réaction positive au niveau du billet vert. La structure de la croissance des Etats- Unis apparait fragile, essentiellement portée au cours des derniers mois par une contribution importante des stocks et du commerce alors que la demande domestique finale affiche sa progression la plus faible depuis le deuxième trimestre 2013.

De nouveaux mauvais chiffres allemands, qui renforcent l’idée d’un écart croissant de performance économique entre les deux bords de l’Atlantique, ont poussé l’EUR/USD vers ses points bas du printemps 2017. L’indice du climat des affaires IFO pour le mois d’avril est ressorti en repli à 99,2. Le secteur automobile allemand, qui représente environ 14% du PIB du pays, montre les signes de faiblesse les plus inquiétants du fait de la contraction du marché automobile chinois et des craintes de relance de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’Allemagne.

De nouveaux relents de guerre des devises viennent agiter les changes. La semaine passée, Donald Trump a annoncé, à la suite d’un entretien avec le Premier ministre japonais, sa volonté d’inclure dans la renégociation des traités commerciaux un accord sur les changes. L’ambition des Etats-Unis est d’avoir un dollar plus faible. Réponse immédiate de la Chine : Pékin ne s’engagera pas dans une dépréciation du yuan qui nuirait aux autres économies et va continuer de laisser le marché jouer un rôle plus important dans la fixation du taux de change. La paire USD/CNY restait stable, autour de 6,73.


Le point technique

Les volumes échangés et la volatilité restent bas sur le marché des changes. Ainsi, la volatilité implicite 3 mois de l’EUR/USD est à 4,8%, soit le plus bas niveau depuis juillet 2014.
Historiquement, à chaque fois qu’un niveau aussi bas a été atteint, un bond soudain et fort de la volatilité a eu lieu. Rien n’indique que l’histoire va de nouveau se répéter cette fois-ci, mais on ne peut pas exclure ce scénario, a fortiori si les tensions commerciales s’accentuent ou si les données économiques en zone euro ne s’améliorent pas rapidement.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SUPPORTSHEBDORÉSISTANCES HEBDO
S2S1R1R2
EUR/USD1,10691,11671,13031,1362
EUR/GBP 0,85890,86240,86870,8717
EUR/CHF 1,12841,13451,14461,1485
EUR/CAD 1,49191,49891,51411,5224
EUR/JPY 123,79124,21126,56127,26

Graphiquement, l’euro reste toujours dans une dynamique baissière même s’il y a quelques facteurs de soutien, comme la faiblesse du risque politique au niveau européen ou l’excédent de la balance commerciale de la zone euro. La vision du marché est que la baisse va continuer, en direction de la zone des 1,10-1,1050 face au dollar américain et vers la zone de support à 124,21 voire 123,70 face au yen japonais. En se basant sur l’indicateur COT de la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), les traders professionnels n’ont jamais été aussi baissiers sur l’euro depuis la fin d’année 2016, ce qui traduit une forte méfiance à l’égard de la monnaie unique.


Les annonces à suivre

Cette semaine, il y aura essentiellement deux marqueurs.

La réunion de la Réserve Fédérale américaine mardi et mercredi devrait sans surprise aboutir au statu quo. Le compte-rendu de la réunion de mars avait souligné des inquiétudes persistantes des membres du FOMC à l’égard de la conjoncture mondiale, même si certains membres avaient évoqué la possibilité d’une hausse de taux vers la fin de l’année. Ce n’est, en tout cas, pas la vision du marché qui considère que le prochain mouvement de la Fed sera une baisse des taux. La conférence de presse de J. Powell ne devrait pas permettre d’éclaircir davantage la situation. Pour l’instant, que ce soient pour la Fed ou pour la BCE, c’est l’attentisme qui prévaut.

Enfin, un nouveau round de négociations entre la Chine et les Etats-Unis doit commencer cette semaine à Pékin avant de se poursuivre à Washington la semaine du 8 mai. Un accord commercial est toujours hautement probable, mais il faudra encore de longues semaines de négociations et peut-être une réunion au sommet entre les deux têtes de l’exécutif aux Etats-Unis et en Chine afin de surmonter les derniers points de désaccord. Le marché table désormais sur un accord courant juin.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JOURHEUREPAYSINDICATEURA QUOI S'ATTENDRE ?
01/0514:15Rapport sur l’emploi ADP pour avrilHausse à 175k vs 129k
précédemment
20:00Banque centraleMaintien du taux directeur
inchangé
20:30Conférence de presse
de J. Powell
Hausse à 0,2% sur un mois
vs -0,1% précédemment
02/0513:00Banque centraleMaintien du taux directeur
à 0,75%
03/0514:30Taux de chômage en
avril
Maintien à 3,8%
14:30Créations d’emplois
dans le secteur non-agricole en avril
Baisse attendue à 180k vs
196k précédemment

UNE MARCHE À LA FOIS

Une marche à la fois

L'hebdo devises du 22 avril 2019

Le point macro

Le pire est derrière nous. Que ce soit pour la Chine ou pour l’Allemagne, le point bas de croissance pour 2019 a certainement été atteint au premier trimestre, comme l’ont mis en avant les statistiques publiées au cours des deux dernières semaines.

La Chine, qui représente un tiers de la croissance globale, a affiché une bonne résistance au premier trimestre avec un PIB qui s’est inscrit en progression à 6,4% sur un an. Même si on peut débattre de la véracité du chiffre de la croissance en Chine, force est de constater que de nombreux signaux sont au vert. Les données de la balance commerciale chinoise sont difficilement falsifiables et confirment le rétablissement économique en cours. En mars, les exportations ont connu un bond de 14,2% sur un an, renforçant au passage l’excédent commercial du pays.

Deux explications à ce sursaut : un effet saisonnier en lien avec le nouvel an chinois, mais surtout l’effet combiné des nombreuses mesures budgétaires et de politique monétaire prises depuis janvier dernier qui commencent à influer sur l’économie réelle.

L’Allemagne a abaissé sa prévision de croissance à 0,5% pour 2019. Son statut d’économie exportatrice qui a été si bénéfique pendant la reprise lui est désormais néfaste en période de ralentissement mondial. Deux remarques importantes :

  1. Le pays a tendance à avoir des objectifs de croissance qui sont conservateurs et souvent révisés à la hausse par la suite.
  2. Lorsque la relance chinoise se sera diffusée au niveau global, l’Allemagne en sera l’un des principaux bénéficiaires au niveau européen, et ce n’est qu’une question de mois avant que cela ne survienne.


Le point technique

On ne peut pas exclure, dans les semaines à venir, un regain de volatilité sur le marché des changes, en lien avec l’approche de la fin du semestre. A partir de début mai, les investisseurs ont tendance à faire des arbitrages et à ajuster leurs prévisions pour le reste de l’année, ce qui conduit habituellement à une progression de la volatilité, surtout au niveau du dollar américain.

Celui-ci a augmenté de 0,9% depuis janvier, si on se base sur le dollar index, après une forte progression de 4,4% l’an passé.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SUPPORTSHEBDORÉSISTANCES HEBDO
S2S1R1R2
EUR/USD1,11221,11681,13481,1394
EUR/GBP 0,85600,86000,86700,8700
EUR/CHF 1,11581,12431,14281,1513
EUR/CAD 1,49061,49821,51201,5182
EUR/JPY 124,04125,33127,36128,10

Sur le court terme, les volumes devraient rester faibles en début de semaine, du fait de la fermeture des places boursières ce jour et de l’absence d’annonces majeures. Cela induit un range de trading sur les principales paires de devises, notamment l’EUR/USD.

Toutefois, pour l’euro, la tendance reste baissière à moyen terme du fait de la conjonction de données économiques encore mitigées et d’une banque centrale qui pourrait annoncer de nouvelles mesures de stimulus. Le seul point de soutien notable à ce jour est l’excédent de la balance commerciale de la zone euro.


Les annonces à suivre

Deux marqueurs économiques cette semaine en l’absence d’actualité sur le front politique : la hausse attendue du climat des affaires en Allemagne qui fait écho à l’amélioration constatée des attentes des investisseurs allemands la semaine passée, et une croissance économique des Etats-Unis prévue en repli, comme c’est souvent le cas en début d’année du fait de facteurs saisonniers. Le marché des changes ne devrait pas s’en émouvoir outre-mesure tant que les perspectives pour les prochains mois sont bien orientées.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JOURHEUREPAYSINDICATEURA QUOI S'ATTENDRE ?
24/0410:00IFO Climat des affairesHausse à 99.9 vs 99.6 précédemment
16:00Banque centraleMaintien du taux directeur à 1,75%
25/0414:30Commandes de biens durables en marsHausse à 0,2% sur un mois vs -0,1% précédemment
26/0414:30PIB au T1Baisse à 1,8% vs 2,2% précédemment