Guerre en Iran : l’industrie et l’agriculture mises à rude épreuve

Le marché reste en mode aversion au risque. La géopolitique fait des siennes. La volatilité est anormalement élevée sur les actions américaines tandis que la liquidité s’effondre sur les principales classes d’actifs. Le dollar américain et le franc suisse sont les grands gagnants de la séquence actuelle.

On commence de plus en plus à percevoir l’impact économique réel de la guerre en Iran. Dans un premier temps, le pétrole était sur toutes les lèvres du fait de l’importance stratégique du détroit d’Ormuz. Mais ce n’est pas la seule matière première concernée. La région du Golfe représente une part substantielle de la production mondiale d’engrais, de produits pétrochimiques, de gaz industriels et de matières premières essentielles à l’industrie. Prenons l’urée et l’ammoniac qu’on utilise dans l’agriculture. C’est respectivement 35% et 45% de l’offre mondiale. Leur prix a augmenté en moyenne de 20-25% depuis le début du conflit. Cette hausse se répercute déjà sur les céréales. Et ce n’est certainement que le début !

Le constat est similaire pour les matières premières pétrochimiques. Le Golfe produit environ 35% du méthanol mondial et est un acteur majeur pour la production de polyéthylène et de polypropylène qui sont des composants de première importance pour les emballages, les biens de consommation, les pièces automobiles et l’isolation électrique. Ils sont utilisés partout, aussi bien dans l’industrie en Asie, en Europe, qu’aux États-Unis. C’est pareil pour l’acide sulfurique. C’est le produit chimique le plus fabriqué au monde qui utilise le pétrole comme matière première principale. C’est un marché en croissance de 4-6% par an du fait de l’expansion de la chimie industrielle, du verdissement de nos économies et d’une demande qui explose pour le traitement des métaux. Sans acide sulfurique, il n’y a pas d’extraction possible du cuivre et du cobalt. Impossible de fabriquer des transformateurs, des batteries de véhicules électriques ou les substrats de tous les centres de données de la planète. Problème, son principal producteur est Saudi Aramco dont la production transite par le détroit d’Ormuz.

Les métaux et les intrants miniers sont également directement concernés par la guerre en Iran. Le Golfe produit des volumes significatifs de soufre, qui est largement utilisé dans la production d’engrais et la transformation des métaux, et contribue également à l’approvisionnement mondial en aluminium, notamment hors de Chine.

Les conséquences du conflit vont bien au-delà du pétrole et concernent toute l’industrie et l’agriculture au niveau mondial. Certaines régions sont évidemment plus exposées que d’autres, en particulier l’Europe et l’Asie du Sud-Est. Mais aucun pays ne va échapper aux perturbations d’approvisionnement et à la flambée des prix. Pour l’instant, à part les prix à la pompe et les billets d’avion qui ont commencé à augmenter, le consommateur final est épargné. Pas pour longtemps. Il est probable que les industriels, qui ne vont pas pouvoir éternellement rogner sur leurs marges, commencent à répercuter les hausses dès le début de l’été. Ce sera certainement plus brutal qu’en 2022 au moment de la guerre en Ukraine. Trois différences majeures :

  • Il n’y a plus de surcroît d’épargne liée à la Covid. Dans les pays où le taux d’épargne est encore élevé, comme la France, elle est surtout aux mains d’une poignée de ménages aisés. Ils sont, évidemment, en mesure de faire face à une hausse des prix alimentaires et des biens industriels.
  • Le marché du travail n’est pas tendu. Au contraire, il montre des signes de ralentissement dans plusieurs pays, surtout au Royaume-Uni et aux États-Unis. Cela signifie qu’il ne faut pas trop compter sur des hausses de salaire pour compenser, en partie, le regain d’inflation.
  • Les États ont des finances publiques exsangues. Certes, la Commission Européenne a déjà appelé à mettre en place des subventions pour les plus fragiles et à bloquer les hausses de prix là où c’est possible, notamment pour l’essence. Mais il faut être objectif, un pays comme la France possède une marge de manœuvre faible pour mettre en œuvre des mesures de soutien aux industriels et aux ménages. Surtout, le coût d’emprunt sur les marchés financiers des pays européens a continué d’augmenter depuis le début du conflit. C’est inhabituel. En période de hausse du risque géopolitique, il a tendance à diminuer car les obligations souveraines sont perçues comme des valeurs refuge. Ce n’est pas un bon signe.

Le point technique

Sur le marché des changes, la Banque de Réserve d’Australie a augmenté ses taux directeurs de 25 points de base, à 4,1%. D’autres sont à venir selon son communiqué. Cela a permis de soutenir le dollar australien qui affiche une très bonne performance depuis le début du conflit : +3% face à l’EUR et +0,5% face à l’USD.

Sans surprise, le dollar américain continue de bénéficier de son rôle de valeur refuge incontournable en période de hausse du risque géopolitique et de baisse de la liquidité sur les marchés financiers. En un mois, la devise a pris 2,5% face à l’euro. Cela devrait se poursuivre tant que le conflit en Iran n’est pas terminé.

Normalement, tout devrait sourire au yen japonais. La géopolitique fait des siennes, la volatilité est anormalement élevée sur les actions tandis que la liquidité sur la bourse américaine s’est effondrée. Pourtant, le yen reste proche de ses points bas historiques. En se basant sur le taux de change réel effectif, il n’a jamais été aussi faible. C’est certainement lié aux interrogations concernant l’évolution à court-terme de la politique monétaire japonaise.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SupportshebdoRésistanceshebdo
S2S1R1R2
EUR/USD1,14301,14501,16701,1700
EUR/GBP 0,85220,85400,87000,8731
EUR/CHF 0,88500,89000,91000,9201
EUR/CAD 1,56441,56901,58991,5915
EUR/JPY 181,44182,10184,00184,41

Les annonces à suivre

Sans surprise, le conflit au Moyen-Orient va continuer d’exercer une influence majeure sur le marché des changes, en particulier dans un contexte où il y a peu de statistiques. Markit doit publier mardi son baromètre pour les services et le secteur manufacturier aux États-Unis. Tous les deux sont attendus en phase d’expansion en février. Ce n’est que le mois prochain qu’on devrait être en mesure de commencer à estimer l’effet de la guerre sur le secteur manufacturier mondial.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JourHeurePaysIndicateurÀ quoi s'attendre ?
Le 24/03/202614:45USAPMI manufacturier et services (Février)En expansion (supérieur au seuil de 50).

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