Le mal est fait

Est-ce que les banques centrales vont mettre un coup d’arrêt brutal aux baisses de taux ou vont-elles faire le dos rond en attendant que l’inflation reflue ? L’histoire récente, en particulier la guerre du Golfe du début des années 1990, nous enseigne qu’elles ont tendance à ne pas sur-réagir face à un choc d’offre pétrolier. Il est trop tôt pour savoir si ce sera encore le cas cette fois.

L’inflation est déjà là. Prenons le polyéthylène. On le retrouve un peu partout : dans nos emballages, nos bouteilles d’eau, nos sacs de courses, nos matériaux de construction et nos fournitures médicales. Aujourd’hui, près de 50% de la capacité mondiale de production est soit arrêtée, soit limitée par des difficultés d’approvisionnement. Conséquence, les prix augmentent. Le géant américain Dow Chemical, qui est l’un des principaux producteurs mondiaux, les a doublés depuis le 1er avril. La livre passe de 0,15 dollar à 0,30 dollar. Ce n’est pas anodin. Ce n’est pas uniquement via l’énergie que l’inflation va se matérialiser. C’est surtout via la déstabilisation des chaînes d’approvisionnement.

Comment vont réagir les banques centrales face à cette situation ? Le marché monétaire anticipe qu’elles vont augmenter drastiquement les taux pour contrer les pressions inflationnistes qui commencent à se matérialiser. En zone euro, trois hausses sont prévues cette année. Grosso modo, elles réagiraient de la même manière que face à la crise ukrainienne de 2022. Point important cependant, à l’époque, nous étions confrontés à la fois à une crise d’offre (rupture de l’accès au pétrole et au gaz russes) et à une demande abondante permise par l’épargne Covid et des hausses de salaires. Ce n’est pas le cas actuellement. C’est pourquoi nous sommes sceptiques quant aux anticipations de hausse des taux. Par le passé, les banques centrales ont eu tendance à ne pas sur-réagir aux chocs d’offre pétrolier. Par exemple, dans la foulée de la Guerre du Golfe (1990-91), seule la Bundesbank, en raison de sa crainte absolue de l’inflation qui remonte aux années 1920, avait augmenté son taux directeur. Une belle erreur !

Cela ne veut pas dire que le consensus de marché soit erroné. Mais il est certainement exagéré. Nous y verrons plus clair en termes de retombées inflationnistes seulement dans un ou deux mois. D’ici là, nous allons devoir naviguer à vue. Cela va être évidemment très compliqué pour les banques centrales qui font face à une forte pression des marchés, en particulier celles qui doivent se réunir dans les semaines à venir pour statuer sur la politique monétaire. Il y a toutefois une bonne nouvelle pour les grands argentiers. Contrairement à 2022, le risque de boucle prix-salaire est proche de zéro des deux côtés de l’Atlantique. Lorsque cela se produit, c’est difficile à combattre car l’inflation se répand dans toute l’économie. Seules des hausses de taux drastiques, parfois poussant l’économie en récession, peuvent lutter contre ce cercle vicieux. Le défi est donc moins grand que dans la foulée de la guerre en Ukraine, même si, à l’instant T, l’incertitude est beaucoup plus élevée.

Le point technique

Sans surprise, le marché des changes est tiraillé entre le choc énergétique, les différentiels de politique monétaire et l’incertitude géopolitique. Notre scénario central repose sur une absence d’action de la part de la Banque Centrale Européenne (BCE) à court terme tandis que la Réserve Fédérale américaine (Fed) pourrait continuer sa baisse des taux en deuxième partie d’année. Attention, ce n’est pas ce que le consensus de marché prévoit. Mais il se trompe souvent.

De l’autre côté de la Manche, plusieurs membres du comité de politique monétaire ont adopté un ton moins hawkish au cours de la semaine dernière que lors de la réunion de la Banque d’Angleterre (BoE) de mars. Finalement, la banque centrale n’a pas fait une croix sur les baisses de taux qui étaient prévues avant le déclenchement du conflit. La guerre en Iran, qui pourrait toucher durement la croissance britannique en raison du choc énergétique, pourrait même constituer un argument supplémentaire pour baisser le loyer de l’argent. Dans ce contexte, nous pensons que l’EUR/GBP devrait poursuivre sa hausse avec un objectif à 0,88 à court terme.

La situation est un peu différente en Europe Centrale et Orientale. Les économies sont plus ouvertes qu’en Europe de l’Ouest. En outre, elles font souvent face à un marché du travail plus tendu. C’est particulièrement le cas de la Hongrie qui est confrontée au choc énergétique, à l’incertitude politique en raison des élections législatives du 12 avril et à la hausse des coûts salariaux qui pèse sur la rentabilité des entreprises. La banque centrale locale n’aura pas la tâche facile dans les mois à venir.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SupportshebdoRésistanceshebdo
S2S1R1R2
EUR/USD1,14001,15091,17451,1790
EUR/GBP 0,85400,86000,87880,8800
EUR/CHF 0,90000,90900,92890,9340
EUR/CAD 1,59091,60001,61901,6233
EUR/JPY 181,43182,90185,00185,48

Les annonces à suivre

Du point de vue des statistiques, la semaine est peu chargée. L’inflation américaine est au rendez-vous. D’habitude, l’indice PCE core est surveillé de près car c’est la mesure de l’inflation préférée par la banque centrale américaine. Malheureusement, elle va porter sur le mois de février – avant la guerre en Iran. Peu importe le chiffre final, il ne sera d’aucune importance. Enfin, l’inflation américaine en mars est aussi prévue. Ce sera certainement trop tôt pour savoir l’ampleur du choc inflationniste.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JourHeurePaysIndicateurÀ quoi s'attendre ?
Le 09/04/202614:30USAIndice PCE core (Février)Précédent à 3,1% sur un an
Le 10/04/202614:15USAInflation (Mars)Précédent à 2,4% sur un an

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