Malgré le cessez-le-feu entre les Américains et les Iraniens, la crise est déjà là au niveau des chaînes de production. Attention à la réponse budgétaire des États. En voulant bien faire et en aidant les entreprises et les ménages, ils risquent de rendre l’inflation plus durable. Point positif, ce choc d’offre pétrolier pourrait accélérer la transition énergétique !
Le cessez-le-feu au Moyen Orient annoncé dans la nuit de mardi à mercredi est une bonne nouvelle. Pour autant, la crise économique est là et nous n’y échapperons pas. Question en suspens : combien de temps l’inflation va durer ? Il faudra certainement plus de statistiques pour le savoir et surveiller de près ce qui se passe au niveau du détroit d’Ormuz. Chaque navire est équipé d’un GPS. Nous savons donc exactement combien de navires réussissent à franchir le détroit. Ces derniers jours, il y en a eu une vingtaine par jour contre 100 avant la guerre. Quand nous aurons de nouveau 40 à 50 navires par jour, le commerce reprendra vraiment et on pourra parler de normalisation. Tout cela va dépendre des négociations en cours entre les Américains et les Iraniens. L’incertitude autour du conflit est loin d’être levée.
Heureusement, tout n’est pas négatif. Aujourd’hui, nous avons décidé de regarder le verre à moitié plein. À la suite du choc pétrolier de 1973, la France avait engagé le plan Messmer afin de gagner en indépendance énergétique. Porté par le slogan « tout électrique, tout nucléaire », ce programme avait conduit à la construction rapide de 58 réacteurs en l’espace de deux décennies, transformant en profondeur le réseau électrique du pays et renforçant son autonomie énergétique. Et si la crise actuelle constituait, elle aussi, une opportunité de rebond, en accélérant la transition énergétique ?
À court terme, la hausse des prix de l’énergie a favorisé les producteurs de pétrole, de gaz et de charbon qui ne sont pas situés au Moyen-Orient, en particulier les entreprises américaines. Cependant, structurellement, les chocs de prix récurrents qui affectent les énergies fossiles constituent une incitation forte pour investir dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. En Europe, les politiques ont préparé une stratégie à deux volets qui a déjà été utilisée par le passé : garantir l’approvisionnement à court terme – ce qui peut même inclure la réouverture de centrales à charbon dans certains pays – tout en accélérant le déploiement des technologies à bas carbone afin de réduire la dépendance aux importations à long terme. Dans ce cadre, la Commission européenne a réuni le 4 mars son Groupe de coordination du gaz afin de suivre les flux, le stockage et la demande de gaz naturel liquéfié. Cette stratégie s’inspire directement de celle mise en œuvre en 2022 qui avait permis de réduire drastiquement la consommation de gaz tout en augmentant la production d’énergies propres.
Le choc de 2022 a été un accélérateur de la transition énergétique. Entre 2019 et 2024, les pays de l’UE ont installé suffisamment de capacités éoliennes et solaires pour éviter la combustion de 92 milliards de mètres cubes de gaz et de 55 millions de tonnes de charbon en 2024, selon le think tank allemand Agora Energiewende. La guerre en Iran devrait favoriser un déploiement plus large et conséquent dans les mois et les années à venir avec l’objectif clairement affiché de ne plus être aussi dépendant qu’à présent du Moyen-Orient et des détroits de la région.
Petit cocorico au passage. La France a réagi très rapidement lorsque la crise a éclaté. Il y a quelques semaines, le gouvernement a acheté pour deux ans de production mondiale d’uranium. C’est énorme. Cela va permettre de faire fonctionner nos centrales nucléaires qui sont essentielles pour le mix énergétique français. Cela risque toutefois de déstabiliser ce marché qui est plutôt étroit et conduire à une flambée des prix de l’uranium. Il faut en tout cas saluer la rapidité avec laquelle le gouvernement a agi. Sauf mauvaise surprise, cela devrait permettre d’éviter une crise énergétique cet hiver.
Le point technique
L’annonce du cessez-le-feu a évidemment entraîné un regain d’appétit au risque sur les marchés financiers : ventes d’actifs en dollar et retour de flux acheteurs sur les devises à risque. Même avant cela, on notera la bonne résistance de l’euro qui s’explique en grande partie par les attentes de hausse des taux par la Banque Centrale Européenne (BCE). Le marché monétaire estime qu’elle va augmenter ses taux à trois reprises cette année pour un total de 75 points de base, puis les réduire drastiquement en 2027. Prudence, ces anticipations sont amenées à évoluer. Du côté des devises asiatiques, on a pu observer ces derniers jours une détente bienvenue. Elles ont été lourdement sanctionnées ces dernières semaines. Par exemple, la roupie indonésienne a atteint un point bas historique face au dollar américain lors de la séance de lundi dernier. Le marché estime que l’Asie va être la zone la plus touchée par les retombées économiques du conflit. C’est vrai. Le cessez-le-feu ne change rien à cela.
Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.
| Supports | hebdo | Résistances | hebdo | |
|---|---|---|---|---|
| S2 | S1 | R1 | R2 | |
| EUR/USD | 1,1445 | 1,1500 | 1,1823 | 1,1848 |
| EUR/GBP | 0,8549 | 0,8610 | 0,8800 | 0,8822 |
| EUR/CHF | 0,9010 | 0,9100 | 0,9289 | 0,9355 |
| EUR/CAD | 1,5922 | 1,6011 | 1,6201 | 1,6245 |
| EUR/JPY | 183,40 | 184,90 | 187,00 | 187,48 |
Les annonces à suivre
C’est une semaine importante pour savoir à quel point le regain inflationniste lié à la guerre en Iran va impacter les économies occidentales. Demain, les prix à la production américains pour mars seront publiés. Ça devrait piquer. Prenons le plastique qu’on retrouve un peu partout, son prix a flambé depuis fin février. Celui du PEHD (polyéthylène haute densité utilisé pour les bouteilles de lait) a augmenté de 75% tandis que celui du PEBD linéaire (polyéthylène basse densité linéaire utilisé pour les sacs) a grimpé de 77%. Contrairement à la crise de 2022, les producteurs ont une capacité limitée à faire passer la hausse de l’inflation aux consommateurs car ces derniers n’ont plus d’épargne Covid et la période de hausse des salaires est derrière nous. En Europe, la modération salariale est de retour. Par conséquent, les marges des entreprises devraient chuter dans les mois à venir.
Point important à surveiller pour savoir si nous sommes face à un choc inflationniste durable ou pas : la réponse budgétaire des États. En voulant bien faire via la mise en place d’aides à tout-va, ils risquent d’accentuer les pressions inflationnistes. Mieux vaut avoir quelques mois difficiles, plutôt qu’une année voire plus.
Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.
| Jour | Heure | Pays | Indicateur | À quoi s'attendre ? |
|---|---|---|---|---|
| Le 14/04/2026 | 14:30 | USA | Prix à la production (Mars) | Précédent à 0,7% sur un mois |
| Le 15/04/2026 | 08:45 | France | Inflation (Mars) | Précédent à 0,6% sur un mois |
| Le 16/04/2026 | 04:00 | Chine | PIB (T1) | Précédent à 4,5% |
| Le 16/04/2026 | 11:00 | Zone euro | Inflation (Mars) | Précédent à 2,5% sur un an |
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