C’est fait

C’est cette semaine que nous devrions avoir confirmation du décalage de politique monétaire entre les deux bords de l’Atlantique. La BCE a baissé ses taux la semaine dernière. La Fed va opter pour le statu quo ce mercredi. Pour l’instant, le marché des changes ne semble pas s’en préoccuper outre-mesure. Mais l’histoire nous enseigne que le différentiel de taux est une force majeure expliquant l’évolution des devises. Dans le cas présent, il est défavorable à l’euro.

Aucune surprise. La Banque du Canada (BoC) et la Banque Centrale Européenne (BCE) ont amorcé leur cycle de baisse des taux la semaine dernière. La BoC semble confiante sur sa capacité à baisser davantage le loyer de l’argent tout en contenant les pressions inflationnistes. C’est un peu moins le cas pour la BCE. Il faut dire qu’elle a revu à la hausse sa prévision d’inflation pour 2025 à 2,2%. En cause : la hausse des salaires, une croissance plus forte, une productivité plus faible et une inflation dans les services qui persiste. Contrairement à la situation américaine, les hausses de salaires ne sont pas absorbées par une productivité plus élevée. C’est pour cela que la BCE reste prudente. Même si cela va fortement dépendre des prochaines données sur l’inflation, il semble qu’une nouvelle baisse des taux soit envisageable en septembre prochain, de l’ordre de 25 points de base. En revanche, comme l’inflation risque d’être plus volatile dans les trimestres à venir, il est probable que le cycle d’assouplissement monétaire soit irrégulier. Par le passé, la banque centrale avait plutôt tendance à abaisser ou augmenter ses taux à chaque réunion. Désormais, cela va dépendre des statistiques publiées mensuellement (« data-dependent ») et aussi de l’attitude de la Réserve Fédérale américaine (Fed), même si Christine Lagarde se garde bien de le reconnaître. La première pause aura lieu au mois de juillet, puisqu’une baisse des taux à ce moment-là est désormais hors de question.
Il y a également quelques signaux faibles qui ont peut-être inquiété la BCE et plaidé pour la prudence. Entre autres : la hausse de près de 40% du prix du transport maritime international sur le mois de mai ou la flambée des matières premières. Cela concerne aussi bien les denrées agricoles que les métaux précieux ou industriels. Les causes sont multiples. Dans le cas du jus d’orange, qui devient quasiment un produit de luxe, c’est lié à la baisse sans précédent des récoltes au Brésil et en Floride – les deux principaux producteurs mondiaux. Lorsque le jus d’orange concentré arrive au port de Rotterdam, la principale porte d’entrée avant d’arriver sur la table du consommateur européen, il coûte en moyenne 6000 dollars la tonne. C’est l’équivalent de deux sacs de voyage Louis Vuitton. Impensable il y a quelques années de cela. Le beurre, un autre produit incontournable, connaît une tendance similaire. Les contrats à terme sur le beurre sont désormais à un point haut depuis novembre 2023. En cause : la sécheresse de l’été 2020 qui a réduit la qualité et la quantité d’herbe disponible pour les vaches laitières, et la hausse du prix des fertilisants depuis la guerre en Ukraine.
Tout cela pourrait entretenir des pressions inflationnistes à court terme qui vont compliquer la tâche des banques centrales, et aussi la vie des consommateurs et des entreprises. On aurait tort de croire qu’on en a définitivement fini avec les hausses de prix. L’inflation c’est comme le dentifrice : une fois qu’elle est sortie du tube, il est très difficile de la faire rentrer !

Le point technique

Le marché des changes n’a pas surréagi à la décision de la BCE. On a observé un sursaut très éphémère de l’euro face au dollar dans la foulée du communiqué – probablement en réaction à la révision à la hausse des prévisions d’inflation pour l’an prochain. Mais fondamentalement l’euro reste stable face à ses principales contreparties. La réalité, c’est que la réunion de la BCE n’a pas vraiment apporté d’éléments nouveaux.
La vraie actualité de la semaine passée, c’était surtout le rallye haussier sur le yen japonais. Cela s’explique essentiellement par deux facteurs : les anticipations que la Banque du Japon (BoJ) réduise les rachats d’actifs lors de sa réunion du 14 juin – ce qui s’apparent à une forme de durcissement monétaire soft, et surtout la liquidation de positions de carry trade sur plusieurs paires comme le JPY/MXN (yen vs peso mexicain) et le JPY/INR (yen vs roupie indienne) après les résultats des élections en Inde et au Mexique. Ce sont surtout des phénomènes de court terme qui n’ont pas vocation à inverser la tendance de fond baissière sur le yen. Nous restons convaincus que le yen faible est là pour durer et que les autorités japonaises s’en accommodent plutôt bien. Après tout, la récession a été évitée fin 2023 uniquement grâce à la bonne dynamique des exportations qui reflète en grande partie les effets d’un taux de change faible de la monnaie nationale.
À surveiller : l’appréciation du franc suisse face à l’euro. Ce n’est en aucun cas la conséquence d’interventions de la Banque Nationale Suisse (BNS). Il semble que les investisseurs institutionnels soient à la recherche de valeurs refuge. Comme il y a de moins en moins de dette souveraine de bonne qualité (notée AAA), ils se reportent sur l’or et sur le franc suisse. C’est structurel.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SupportshebdoRésistanceshebdo
S2S1R1R2
EUR/USD1,06901,07111,09451,1000
EUR/GBP 0,84230,84650,86110,8690
EUR/CHF 0,96010,96430,98981,0000
EUR/CAD 1,47091,48881,49791,5010
EUR/JPY 167,90168,11171,12172,01

Les annonces à suivre

Outre la réunion de la BoJ que nous avons déjà évoquée, l’attention des cambistes va se porter sur la réunion de la Fed. L’enjeu n’est pas de savoir si les taux vont bouger. Ils vont rester inchangés. Il sera en revanche intéressant de savoir pour quand elle anticipe un repli de l’inflation sous le seuil symbolique de 3%. Il faut absolument que les prix à la consommation soient sous ce niveau, pendant plusieurs mois consécutifs, pour que la Fed puisse envisager l’amorce d’un cycle d’assouplissement. Ce n’est pas gagné d’avance. En avril, les prix à la consommation sont ressortis à 3,4% en variation annuelle.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JourHeurePaysIndicateurÀ quoi s'attendre ?
Le 12/06/202414:30USAPrix à la consommation au mois de maiPrécédent à 3,4% en variation mensuelle.
Le 12/06/202420:00USARéunion de la banque centraleAucun changement de politique monétaire
Le 14/06/202405:00JAPRéunion de la banque centralePas de hausse des taux. En revanche, il est possible qu’un ralentissement du programme de rachats d’actifs soit annoncé.

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