Du bon et du mauvais

Les signaux économiques sont mitigés en ce moment. C’est normal en période de transition vers un nouveau régime de croissance (concrètement, nous sommes en train de passer d’une phase de rebond économique post-Covid puissant à un ralentissement brutal de la croissance voire à une récession dans plusieurs économies). Les indicateurs américains publiés la semaine dernière confirment la thèse du ralentissement économique. Les chiffres de la construction, de l’activité dans le secteur manufacturier et du marché du travail (rapport JOLTS sur les nouvelles offres d’emploi) étaient tous mauvais. Heureusement, il y a aussi quelques bonnes nouvelles. Selon le rapport ADP, la hausse des salaires ralentit pour les personnes changeant d’emploi. C’est plutôt positif. Il faut arrêter la boucle prix-salaire aux États-Unis pour revenir à des niveaux d’inflation plus gérables pour les entreprises et les ménages. C’est le seul moyen pour diminuer la pression sur l’économie résultant de la pandémie qui a créé d’énormes déséquilibres un peu partout. L’atténuation de la pression à la hausse sur les salaires était aussi perceptible dans le rapport ISM sur l’activité dans le secteur non-manufacturier pour le mois de septembre. A rebours d’une partie des analystes, nous considérons toujours que le risque d’entrée en récession de l’économie américaine est limité à ce stade. En revanche, les derniers indicateurs d’activité PMI pour les services et le secteur manufacturier portant sur le mois de septembre semblent indiquer que la zone euro est déjà entrée en récession au troisième trimestre. Le décalage économique grandissant des deux côtés de l’Atlantique explique partiellement la faiblesse de l’euro face au dollar américain ces derniers mois.
De nouvelles banques centrales ont continué de durcir leur politique monétaire au cours de la semaine passée. La banque centrale de Nouvelle-Zélande a augmenté son taux directeur principal de 50 points de base à 3,50%, comme attendu par le consensus des analystes. En revanche, la Banque de Réserve d’Australie a surpris. Ces derniers mois, elle avait opté pour des hausses plus substantielles (d’au moins 50 points de base) pour faire face aux pressions inflationnistes. Cette fois-ci, elle a décidé de monter son taux directeur seulement de 25 points de base, à 2,60%. La raison invoquée : le ralentissement économique (qui se traduit déjà par une baisse notable des dépenses des ménages et un dégonflement des prix de l’immobilier) et qui risque de faire dérailler la croissance. C’est la première banque centrale d’un grand pays développé à faire pivoter sa politique monétaire, comme on dit dans le jargon économique. Cela signifie qu’elle devrait prochainement arrêter sa politique de normalisation monétaire (via des hausses de taux) afin de prendre en considération le ralentissement de l’activité en cours. A moyen terme, cela ouvre la porte à des baisses de taux directeurs (peut-être à partir de mi-2023). Il n’est pas impossible que d’autres banques centrales arrêtent plus tôt que prévu leur processus de hausse des taux du fait du décrochage économique. Nous pensons notamment que cela pourrait être le cas de la Banque d’Angleterre (BoE) étant donné le risque évident de longue et profonde récession. Pour rappel, la BoE anticipe une récession aussi grave que celle du début des années 1990 mais qui s’étale plus longtemps (cinq trimestres), avec un début au quatrième trimestre de cette année. Cela explique en partie la dépréciation de la livre sterling au cours des derniers mois face au dollar américain (repli de 16% depuis le 1er janvier) et face à l’euro (repli d’un peu plus de 4% sur la même période).
Étant donné le contexte économique, nous considérons que le dollar américain va continuer d’être la devise majeure qui affiche la plus solide performance dans les mois à venir. Le dollar est évidemment très nettement surévalué mais nous ne sommes pas du tout aux niveaux de survalorisation atteints en 1985 (cela avait entraîné une intervention coordonnée des banques centrales mondiales pour faire baisser le taux de change). Beaucoup d’analystes anticipent que le pic du dollar est proche. C’est possible. Mais il faut bien garder à l’esprit que le reflux du dollar à la suite d’un cycle de forte progression prend en général plusieurs années (deux à trois ans si on se base sur les données historiques). Dit autrement, le dollar cher va continuer d’être un sérieux problème pour encore longtemps. Il faut s’y habituer.

Sur le marché des changes, c’est la livre sterling qui a été au cœur de l’attention la semaine passée. La monnaie britannique a effectué une petite remontée face à ses principales contreparties (la paire EUR/GBP est revenue dans la zone autour de 0,87 qui a dominé une partie de l’été) à la suite de la décision du gouvernement britannique de revenir sur l’une des principales mesures fiscales qui avait suscité la circonspection des investisseurs il y a moins de quinze jours. Finalement, il n’y aura pas de baisse de la fiscalité pour les revenus les plus élevés. Nous doutons toutefois que la monnaie britannique soit complètement sortie d’affaires. Les prochains mois vont être compliqués à la fois pour l’économie du Royaume-Uni mais aussi pour la BoE. Cela entraînera des répercussions négative pour la livre sterling. A très court terme, nous pourrions toutefois avoir une stabilisation de l’EUR/GBP dans les bornes actuelles. En ce qui concerne l’EUR/USD, le panorama n’a pas changé par rapport à la semaine dernière. Le principal niveau technique à surveiller à court terme est la zone des 0,9560 (qui fait office de support). En cas de cassure, nous pourrions atteindre les 0,93 (objectif crédible pour la fin d’année).

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SUPPORTSHEBDORÉSISTANCES HEBDO
S2S1R1R2
EUR/USD0,93200,95601,00991,0346
EUR/GBP 0,83770,85600,88660,8924
EUR/CHF 0,95590,96350,98751,0033
EUR/CAD 1,30531,32561,36631,3866
EUR/JPY 139,78140,92145,21147,93

+33 (0)1 48 09 09 83

C’est une semaine de transition qui débute, avec peu d’indicateurs macroéconomiques. Les chiffres de l’inflation pour le mois de septembre aux États-Unis seront scrutés de près. Sauf surprise, nous devrions avoir confirmation que le pic d’inflation a bien été atteint en juin dernier mais que l’inflation reste encore très volatile. C’est exactement le message que nous avons retenu des données d’inflation du mois d’août. Nous nous attendons à un constat similaire pour le mois de septembre. Il est donc peu probable que cela suscite beaucoup de remous sur le marché des changes. En revanche, les interventions des banques centrales (notamment de la Banque du Japon) restent toujours d’actualité. Cela peut entraîner des mouvements erratiques sur les devises concernées. D’où la nécessité d’être prudent encore plus que d’habitude si vous avez une exposition forte au marché des changes.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JOURHEUREPAYSINDICATEURA QUOI S'ATTENDRE ?
12/1014:30Indice des prix à la production (Septembre)Hausse de 0,2% en variation mensuelle après une baisse de 0,1% en août (susceptible d’être modifié).
13/1014:30Indice des prix à la consommation (Septembre)Baisse attendue à 8,1% en variation annuelle contre 8,3% précédemment.
14/1014:30Ventes au détail (Septembre) Hausse de 0,2% en variation mensuelle contre 0,3% en août.

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