La messe est dite

C’est la rentrée pour les banques centrales. Il y a quelques rumeurs de marché concernant une possible – mais peu probable – baisse des taux par la Banque Nationale Suisse dès cette semaine. Pour les autres, notamment la Réserve Fédérale américaine, c’est le statu quo qui devrait l’emporter. Il apparaît de plus en plus évident que c’est au mois de juin que les principales banques centrales des pays développés vont amorcer leur cycle de baisse des taux. Qui a dit qu’il n’y avait pas de coordination internationale des politiques monétaires ?

Commençons par une très bonne nouvelle. La baisse des taux du fret maritime se confirme. Le Drewry Composite, qui regroupe l’évolution des coûts du fret pour les huit principales routes commerciales mondiales, est en baisse de près de 680 dollars en l’espace de six semaines. Cela n’efface pas encore totalement la flambée de près de 2000 dollars qui avait eu lieu en début d’année à cause des attaques des rebelles Houthis en mer Rouge. Mais c’est en bon chemin. Sauf revirement soudain, la baisse devrait continuer dans les mois à venir, ce qui réduit le risque inflationniste sur le front du commerce international. En outre, la perturbation du trafic au niveau du canal de Suez ne semble pas avoir causé de perturbation importante au niveau des chaînes d’approvisionnement et encore moins des congestions portuaires. Le temps d’attente pour qu’un navire décharge sa marchandise en Europe est en moyenne de cinq jours (contre un pic au-delà de vingt jours pendant la Covid).
Maintenant, passons aux mauvaises nouvelles. L’inflation aux États-Unis a rebondi. En février, l’inflation sous-jacente lissée sur trois mois est ressortie en hausse à 4,4% contre 4,0% précédemment. Celle à six mois atteint 3,8%. Ce ne sont pas des niveaux suffisamment bas pour enclencher un cycle de baisse des taux outre-Atlantique. Il va falloir attendre. Le marché l’a bien compris. La probabilité d’une baisse des taux lors de la réunion de la Réserve Fédérale (Fed) de cette semaine est proche de zéro. Elle n’est guère plus élevée pour celle du mois de mai (probabilité à 16% selon le marché monétaire). Ce n’est qu’en juin prochain que la Fed pourrait finalement baisser ses taux.
Il y a une autre mauvaise nouvelle. Les salaires réels continuent de décrocher en zone euro. Au cours des derniers mois, la Banque Centrale Européenne (BCE) a justifié son attentisme alors que tous les indicateurs pointent en faveur d’une baisse rapide des taux par la crainte d’une boucle prix-salaires. C’est mal parti. Son indicateur maison de suivi des pressions salariales est en chute. Il a baissé à 3,8% contre 4%. Concrètement, cela signifie que les entreprises revoient à la baisse les hausses de salaire. C’est logique dans un contexte économique morose. On pourrait donc se dire que la BCE va finalement décider de baisser les taux. C’est peu probable. Le consensus table sur une première baisse, probablement de faible ampleur, seulement en juin prochain. Il semble que la BCE ne souhaite pas être la première grande banque centrale occidentale à assouplir sa politique monétaire. Elle laisse la primeur à la Fed. C’est une grave erreur. Une baisse du loyer de l’argent est nécessaire en zone euro, en particulier pour soutenir le marché de l’immobilier commercial et résidentiel. De l’autre côté de l’Atlantique, on peut même se demander si cela fait sens économiquement de baisser les taux dans les mois à venir alors que l’économie est très résiliente. Au premier trimestre, la croissance américaine devrait atteindre 2%. A l’inverse, en France, elle devrait péniblement atteindre 0,2% sur la même période selon la prévision de l’INSEE. La messe est dite. Comme nous l’indiquions la semaine passée, notre conviction cette année est que le différentiel de croissance énorme entre les deux bords de l’Atlantique va être un facteur structurel de soutien du dollar américain (car les capitaux vont se recycler aux États-Unis à la recherche d’un rendement élevé). Nous ne faisons pas partie des analystes qui prédisent un cycle baissier durable et imminent pour le billet vert.
Enfin, plusieurs grandes banques internationales ont ajusté la semaine dernière leurs prévisions concernant une première baisse des taux outre-Manche. Morgan Stanley considère qu’une baisse de la part de la Banque d’Angleterre (BoE) est envisageable dès le mois de mai. Citigroup table sur le mois de juin (contre août précédemment). Il ne serait pas aberrant que le Royaume-Uni coordonne sa phase de baisse des taux avec les États-Unis et la zone euro. Pour le marché des changes, cela pourrait se traduire par une moindre volatilité – ce qui est déjà le cas depuis le début de l’année.

Le point technique

Sur le marché des changes, les mouvements sont plutôt limités. Les principales paires continuent d’évoluer proche des niveaux des dernières semaines : 1,57 pour l’EUR/CAD, 161,00 pour l’EUR/JPY ou encore 0,96 pour l’EUR/CHF. La volatilité implicite reste basse sur quasiment toutes les paires majeures. Nous nous attendons à ce que la tendance demeure baissière à long terme sur l’EUR/USD. Nous ne voyons pas ce qui pourrait permettre à la paire d’aller au-delà de 1,12. Nous tablons sur un grand range entre 1,07 et 1,12 pour les mois à venir.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SupportshebdoRésistanceshebdo
S2S1R1R2
EUR/USD1,06901,08801,10801,1112
EUR/GBP 0,83550,84110,86550,8701
EUR/CHF 0,93990,94550,96980,9745
EUR/CAD 1,44551,45911,48891,4911
EUR/JPY 157,98159,00163,12164,00

Les annonces à suivre

La semaine qui s’annonce devrait encore être calme sur le front macroéconomique. Les données sur l’inflation outre-Atlantique ne devraient pas apporter d’information supplémentaire concernant le rythme de baisse des taux. Tout a déjà été dit par Powell devant le Congrès. Nous nous attendons à ce que la macroéconomie continue de confirmer la surperformance de l’économie américaine, ce qui constitue un avantage décisif pour le dollar face à l’ensemble des autres monnaies.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JourHeurePaysIndicateurÀ quoi s'attendre ?
Le 19/03/202404:30AUSRéunion de la banque centraleAucun changement. Il y a un début sur le risque de retour à la hausse de l’inflation. Mais le processus de baisse des taux est toujours d’actualité.
Le 20/03/202419:00USARéunion de la banque centraleAucun changement. Une première baisse des taux est prévue pour le mois de juin.
Le 21/03/202409:30SUIRéunion de la banque centraleAucun changement. Une première baisse des taux est prévue pour le T3 (probablement le mois de septembre).
Le 21/03/202413:00UKRéunion de la banque centraleAucun changement. Une première baisse des taux est prévue pour le T3 (probablement le mois de septembre).

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