Un petit air de 2022

Il y a une seule bonne nouvelle (ou presque) en ce début d’année, c’est la fin de la politique zéro Covid en Chine. Elle avait mis à l’arrêt une grande partie de l’économie chinoise (des régions représentant parfois 40% du PIB de la Chine ont été confinées pendant plusieurs semaines en 2022). Elle avait aussi provoqué d’importantes disruptions au niveau du commerce maritime ce qui avait alimenté la hausse des cours du fret. A partir du 8 janvier prochain, la Chine va classer la Covid en maladie contagieuse de catégorie 2, ce qui induit un protocole sanitaire beaucoup moins stricte. Concrètement, les autorités locales n’auront plus besoin de recourir aux mesures d’isolement individuel et de confinement. En outre, les frontières commencent progressivement à s’ouvrir de nouveau (en particulier à Hong Kong). C’est une bonne nouvelle pour l’économie mondiale à court terme car cela devrait permettre une baisse des prix à la production. En revanche, les risques demeurent. Au cours des vingt derniers jours, la Chine a recensé plus de 250 millions de contaminations. Officiellement, le pays ne recense pas de morts liés à la Covid. Mais la réalité sur le terrain est bien différente. A Pékin, les hôpitaux et les morgues sont submergés. Cela soulève deux questions principales. Premièrement, quel est le nombre non officiel de décès liés à la Covid que le gouvernement central est prêt à accepter avant d’introduire de nouveau des mesures de contrôle sanitaire ? Certains modèles (qu’il faut prendre avec précaution) indiquent que plusieurs millions de Chinois pourraient mourir. Si de nouvelles mesures de confinement sont introduites, même au cas par cas, cela pourrait de nouveau alimenter l’inflation. Deuxièmement, faut-il craindre un retour de la Covid en Europe ? Les Etats-Unis ont prévu un contrôle strict des passagers en provenance de Chine. L’ensemble de l’espace Schengen ferait bien de remettre en place un contrôle sanitaire visant à tester et séquencer les virus identifiés auprès de tous les voyageurs en provenance de Chine. C’est peu probable, mais on ne peut pas exclure une hausse des cas de contamination en Europe si les contrôles sont insuffisants. Cela montre en tout cas à quel point le panorama reste incertain en ce début d’année.
Heureusement, certaines choses sont immuables. L’inflation va encore être une thématique centrale en 2023. Il est probable que l’inflation conjoncturelle va continuer de baisser (cela devrait être confirmé par la publication de l’indice des prix à la consommation en zone euro en décembre cette semaine). Mais l’inflation structurelle va rester élevée. Dit autrement, il ne faut pas espérer un retour rapide à l’objectif d’inflation situé à 2%. Tout le monde n’est toutefois pas logé à la même enseigne. L’hyperinflation (qui se définit comme une inflation supérieure à 50% sur un an, en économie) est la norme en Turquie et en Argentine. En Europe, certains pays s’en sortent mieux que d’autres. L’inflation est à deux chiffres en Pologne, en Suède et en Italie en variation annuelle. En revanche, elle est contenue en Suisse (3%) et faible en France si on compare à la majorité des pays européens (6,2%). En Chine, elle est inexistante (1,6%). L’enjeu de cette année est de savoir si le pic d’inflation est derrière nous. C’est vraisemblablement le cas aux Etats-Unis (le pic a été atteint en juin dernier). En zone euro, le débat est ouvert. Les derniers chiffres indiquent une décrue, qui reflète notamment la forte baisse des prix de l’énergie (surtout du prix du gaz sur le marché de gros). Mais la Banque Centrale Européenne (BCE) a été prudente lors de sa réunion de décembre en indiquant que le pic ne pourrait être atteint qu’au premier trimestre de cette année. Pour l’instant, la bonne nouvelle en Europe, c’est que la crise énergétique est moins grave que prévu. Il n’y a pas de black-out (d’effondrement du système électrique à cause d’un manque de puissance). En outre, les messages en faveur de la sobriété énergétique semblent avoir eu un effet certain sur la consommation puisque celle-ci est en décrue par rapport à la même période l’an dernier (les conditions climatiques y sont aussi pour quelque chose). Si la crise énergétique reste mesurée, cela pourrait réduire l’ampleur de la récession en zone euro. Chez Mondial Change, nous tablons toujours sur une récession technique – deux trimestres consécutifs de contraction faible du PIB. Si c’est le cas, le tissu économique ne devrait pas trop souffrir.

Sur le marché des changes, la volatilité était faible pendant la période des fêtes, sauf pour les paires en JPY. Juste avant Noël, la Banque du Japon (BoJ) a pris de court les cambistes en annonçant une modification de sa politique monétaire. La banque centrale a assoupli son contrôle sur les rendements des obligations publiques japonaises à dix ans. Il s’agit officiellement « d’améliorer le fonctionnement du marché ». Mais beaucoup d’analystes ont interprété cette mesure comme le signal que la BoJ va progressivement sortir de sa politique monétaire ultra-accommodante afin de lutter plus efficacement contre l’inflation (qui est à un point haut de plus de quarante ans dans l’archipel). Le marché monétaire envisage désormais une sortie de la politique de taux négatif au cours de cette année. Ce serait inédit. Si c’est le cas, cela entraînerait d’importants mouvements sur les paires en JPY. Dans l’immédiat, la mesure annoncée juste avant Noël avait un peu soutenu le JPY face à ses principales contreparties. Ce ne fut toutefois pas suffisant pour rattraper le retard perdu (le JPY affiche une contre-performance de 8% face à l’euro sur 2022).

Le ton très hawkish (en faveur d’un durcissement monétaire prononcé) de la BCE devrait soutenir l’EUR. En décembre dernier, la BCE avait augmenté son taux directeur à 2% (hausse de 50 points de base). Nous pensons que le taux directeur principal pourrait atteindre 3,25% d’ici mi-2023. Une configuration identique existe pour le CHF. La Banque Nationale Suisse semble être prête à prendre des mesures importantes pour lutter contre l’inflation persistante. Dans l’ensemble, les devises d’Europe centrale et orientale devraient encore être à la traîne.

Les supports et résistances affichés ci-dessous indiquent respectivement les points bas et hauts au sein desquels les cours devraient évoluer dans le courant de la semaine.

 SUPPORTSHEBDORÉSISTANCES HEBDO
S2S1R1R2
EUR/USD1,05001,05241,07561,0849
EUR/GBP 0,86930,87430,99030,9947
EUR/CHF 0,96990,96990,99101,0003
EUR/CAD 1,41701,43731,4481,4592
EUR/JPY 140,30143,91143,93145,72

+33 (0)1 48 09 09 83

Pour cette première semaine économique de l’année, l’attention va se porter comme toujours sur l’inflation. Rien de nouveau. L’indice des prix à la consommation en zone euro devrait chuter à 9,7% en variation annuelle en décembre. C’est une bonne nouvelle si c’est confirmé. Mais il faudra regarder dans le détail l’évolution de l’inflation pour savoir si la baisse est durable ou pas. L’emploi américain est un rendez-vous incontournable. Toutefois, nous ne pensons pas qu’à ce stade ce soit une donnée importante pour la Réserve Fédérale américaine. Le rapport du mois de décembre devrait avoir un effet marginal sur la paire EUR/USD.

Vous trouverez ci-dessous les publications et événements qui devraient avoir un impact majeur sur l’évolution du cours des devises.

JOURHEUREPAYSINDICATEURA QUOI S'ATTENDRE ?
02/0109:45PMI manufacturier (Décembre)Le consensus s’attend à un chiffre stable à 47,3.
03/0110:30PMI manufacturier (Décembre) Le consensus prévoit un chiffre à 44,7 en décembre.
10:30Indice des prix à la consommation (Décembre)Fort repli prévu à 8,9% en variation annuelle contre 10,0% en novembre.
04/0116:00ISM manufacturier (Décembre)Repli à 48,5 contre 49,0 en novembre.
05/0114:15Créations d’emplois non agricoles ADP (Décembre)150k contre 127k
06/0111:00Indice des prix à la consommation (Décembre)Baisse à 9,7% en variation annuelle contre 10,1% en novembre.
14:30Rapport sur l’emploi du Département du Travail (Décembre)Taux de chômage stable à 3,7% de la population active.

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